L’orthographe lexicale : comment aider les élèves ?

Depuis trois ans, j’utilise dans ma classe un dispositif individualisé, inspiré de cet article de Bruce Demaugé. Je vous explique :

Chaque élève a un carnet de mots (pas un carnet de vocabulaire, hein, un carnet d’orthographe : on n’y copie pas les définitions). Il doit savoir écrire les mots qui sont dedans… Jusque-là, rien d’original. Ce qui l’est plus, original, c’est qu’aucun élève n’a les mêmes mots dans son carnet. Comment est-ce possible ?

Quand je corrige les cahiers, à chaque fois que je rencontre un mot mal écrit ou mal copié (et que je pense que c’est un mot que l’élève devrait savoir écrire), j’écris dans son cahier « carnet : » et je recopie le mot correctement.

Chaque matin, en arrivant, les élèves recopient ces mots dans leur carnet personnel.

Une fois par semaine, en atelier, ils font un « match » : ils travaillent par deux, révisent leurs mots, puis s’interrogent l’un l’autre. Quand un élève a su écrire un mot correctement, son partenaire dessine un petit rond vert à côté du mot. Ainsi, au premier coup d’oeil, en ouvrant le carnet, on voit les mots qui n’ont aucun rond vert et ceux qui en ont trois ou quatre… L’élève sait rapidement quels mots il doit revoir en priorité.

Quand l’élève revoit ses mots à la maison, c’est pareil : j’invite les parents à colorier un petit rond vert à côté des mots que l’élève a su écrire.

Je suis vraiment contente de ce système. Je peux différencier facilement, donner à revoir des mots très faciles aux élèves en difficultés, et, inversement, des mots moins courants aux très bons élèves. Les élèves s’approprient vraiment l’outil.

Un point, cependant, ne me satisfaisait pas totalement : le sort réservé aux mots rencontrés dans les dictées. Tous les jours, je dicte une  phrase ou deux (dictée flash). Les élèves recopient ensuite dans leur carnet les mots qu’ils n’ont pas su écrire. Le jeudi, je dicte un texte plus long qui reprend les difficultés et les mots des dictées flash. Là, il arrive qu’un élève fasse des erreurs sur un mot qu’il n’avait pas écrit dans son carnet, donc pas revu, parce qu’il l’avait écrit correctement dans la dictée flash.

Pour résoudre ce problème, j’ai trouvé une astuce dont je suis ravie, et dont je découvre tout plein d’effets positifs collatéraux. La voilà :

Une fois par semaine, je leur fais présenter leur cahier de la manière suivante :

L'orthographe lexicale : comment aider les élèves ?

Puis, je leur dicte les mots de la semaine suivante, ceux qui serviront dans les dictées. Ils choisissent dans quelle colonne ils les copient. J’explique aux élèves que le but est de réaliser le meilleur score possible. Seuls les mots qui sont copiés dans la colonne de gauche seront comptabilisés : +1 pour chaque mot bien écrit et -1 pour chaque mot mal écrit.

Les élèves comprennent vite qu’ils ne doivent écrire à gauche que les mots dont ils sont surs…

Je dicte tous les mots, on les corrige, on compte les points et… les élèves recopient dans leur carnet tous les mots de la colonne de droite, même ceux qui étaient bien écrits (+ les éventuels mots erronés de la colonne de gauche).

Je suis ravie de ce système. Les élèves sont obligés de prendre conscience de leur « degré de confiance » dans leur orthographe lexicale. Certains ont peu confiance en eux et cela se voit tout de suite : ils ont beaucoup de mots justes dans la colonne de droite. L’outil est un moyen très simple d’encourager ces élèves à se faire confiance, aussi.

J’ajoute un morceau du commentaire (#25) d’AnneSo : « Par rapport à ce travail sur l’orthographe, dans le but aussi de différencier pour chaque élève et de permettre à chacun de porter son attention sur ce sur quoi il « pêche », je demande aux élèves systématiquement d’entourer dans le mot ce qu’ils ont découvert. Ainsi Léon n’a pas les mêmes mots dans son carnet que Lucie, mais deux enfants ayant le même mot copié n’ont pas forcément découvert la même chose dans le mot. Ainsi Léon va peut-être entourer les 2 ff dans le mot différencier et Lucie va entourer le en. En plus, cette méthode permet à l’enfant d’avoir un vécu autour du mot, de  porter son attention sur celui-ci (condition nécessaire pour qu’il soit mémorisé). L’intérêt aussi est de valoriser la réussite et non l’erreur et de parler et donc de retenir ce qu’on a découvert et non de retenir l’erreur (très souvent c’est ce qu’on voit dans les classes : les enfants qui disent : « j’avais mis un t… » mais finalement le coup d’après ils ne se souviennent toujours pas de ce qu’a le mot finalement) ; Enfin, travaillant avec les intelligences multiples, certains vont plutôt réciter en écrivant, en chantant, en se déplaçant, en nommant ce qu’il a découvert …« 

Foire aux questions

Quand un élève écrit mal un mot, est-ce qu’il trace un rond rouge sur son carnet ?

Non, on écrit seulement les ronds verts. Si l’élève n’a pas réussi à écrire le mot, il n’y a pas de rond vert, c’est tout.

Sur quel support tes élèves écrivent-ils leurs mots : carnet ? Répertoire ? Cahier ?

J’ai essayé le répertoire. J’aimais beaucoup le principe de leur faire travailler l’ordre alphabétique à peu de frais. En revanche, les répertoires sont le plus souvent à petit carreaux, et les élèves avaient un mal fou à écrire correctement dedans. Les répertoires en réglure Seyes existent mais ils sont beaucoup plus chers, hors budget pour ma classe.

J’ai aussi essayé le carnet « fabriqué maison » : l’objectif était que les élèves écrivent leurs mots par nature. Il y avait des pages pour les noms, des pages pour les verbes etc… Je ne suis pas très satisfaite du système car ces carnets sont peu durables, et que les mots mal « rangés » génèrent plein de ratures. Sans compter le fait que je devais relire plus souvent leurs carnets pour m’assurer qu’ils avaient rangé correctement leurs mots.

Bref, pour l’année prochaine, j’ai bêtement commandé des petits cahiers fins (48p). Les élèves y écriront leurs mots en colonne, tout simplement.

C’est top, je partage :

4 Commentaires

  1. Elisa V

    Bonjour
    Maîtresse en CM1-CM2, je me suis effectivement posé des questions similaires aux tiennes. J’ai cherché des éléments de réponse dans Les erreurs d’orthographe, diagnostic et remédiation de B. et P. Pothier.
    J’ai essayé de mettre en place ton astuce pour cette dernière période, mais je bute sur un point : quand corriger les carnet de mots ? Comment être sûre que chacun a copié le bon nombre de mots « à apprendre », et correctement ?
    Pour l’instant, je me suis contenté de leur demander de les copier le matin, pour pouvoir les regarder sur le temps de midi et pouvoir les leur rendre avant le soir. Toi, comment fais-tu ?
    Merci en tout cas de nous faire partager tes réflexions, tes astuces, tes méthodes, tes outils !

    Répondre
    1. Charivari (Auteur de l'article)

      @Elisa : C’est sûr que c’est du boulot. J’essaie de corriger systématiquement au moins les élèves qui ont du mal à copier correctement. ET je sors mon costume de dragon fâché quand je vois des erreurs de copie.
      Je fonde beaucoup d’espoir sur une nouveauté à paraitre chez Retz, un »répertoire orthographique CLEO » pour les CM, sur le modèle de celui qui existe déjà au CE. J’en équiperai mes élèves, et, au lieu de recopier les mots, il les surligneront dans le répertoire. En attendant, j’essaie d’être rigoureuse sur la correction…

  2. Elisa V

    Merci pour ta réponse. J’avais pensé aussi distribuer la liste et la faire fluoter…dans le même cahier que celui qui sert aux collectes de la méthode Picot.
    Mais je crois que j’ai le même costume que toi ! ;-P

    Répondre
    1. Charivari (Auteur de l'article)

      Le tout c’est de trouver une liste de mots bien fichue. Celle de Retz sera triée par classe de mots, joliment mise ne page (et contient une vongtaine de pages, à vue de nez). Bref, j’ai hâte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial