6 propositions pour évaluer autrement

 

(Article de 2015) Jeudi dernier, j’ai assisté à une animation pédagogique sur le thème de l’évaluation sommative (du CP au CM2, voire au-delà), assurée par mon IEN. C’était dense, mais extra. Je suis ressortie avec la tête bouillonnante et il m’a fallu quelques jours pour extraire les 6 idées principales que je retiendrai et qui – j’y crois – vont faire changer ma manière de faire classe. En mieux.

[Remarques :

1. Ce que j’écris en noir, entre guillemets, est la transcription de ce que j’ai noté des propositions de mon IEN. Ce que j’écris en bleu, c’est la suite de ma réflexion personnelle.

2. Sauf précision contraire, quand je parle d’évaluation ci-dessous, il s’agit d’évaluation sommative, de fin de séquence ou fin de période et non d’éval formative au fil de l’eau ou sur cahier du jour] 

1. « Dans vos programmes, identifiez les compétences de base, les notions essentielles ».

« Les programmes sont chargés. On sait tous que certaines notions sont enseignées dans une classe pour être largement revues dans les classes suivantes. En revanche, il y a un certain nombre de notions qui sont essentielles. »

L’IEN nous encourage à les répertorier, en équipe, niveau par niveau. Il nous propose même de les présenter aux parents, pour qu’elles soient explicites. Il faut que les parents sachent que ces notions sont censées être acquises, et solides, en fin d’année.

Aux maitres ensuite de mettre en place dans leur classe les dispositifs de dépistage des difficultés, et de travail différencié, pour tout faire pour que ces quelques compétences de base soient travaillées en priorité, entrainées… et validées en fin d’année.

Au CE1 par exemple, les IO prévoient de savoir conjuguer les verbes au passé composé. Tous les maitres de CE1 savent que leurs élèves ne seront pas en mauvaise posture en CE2 s’ils y entrent en cafouillant un peu sur la conjugaison du verbe avoir au passé composé. La conjugaison au passé composé n’est pas « essentielle » en fin de CE1.

La lecture fluide, l’écriture lisible, la copie assez rapide et sure, la manipulation des nombres inférieurs à 100… sont des exemples de compétences de base pour démarrer un CE2.

Cette année j’ai des CM2. J’ai programmé la proposition subordonnée relative, j’ai déjà traité l’attribut du sujet, mais je suis bien consciente qu’aucune de ces deux notions ne sont essentielles au CM2 parce qu’elles seront revues au collège. Si, pour une partie de mes élèves, cette notion est « en cours d’acquisition » en juin, je n’enverrai pas mes élèves au casse-pipe en les envoyant quand même en 6ème.

En revanche, être à l’aise dans la conjugaison des temps simples de l’indicatif, dans la rédaction d’un paragraphe, dans l’apprentissage d’une leçon, savoir choisir l’opération à réaliser dans un problème simple à une étape, calculer mentalement des sommes, des différences, des doubles et des moitiés : voilà des exemples de compétences essentielles en fin de CM2.

Il y a donc un gros écart entre le catalogue des notions prévu dans les IO, et les notions essentielles d’une année scolaire.

 

2. « Enseignez tout. N’évaluez que l’essentiel ».

« Ne cherchez pas à tout vouloir évaluer. Réduisez la quantité d’items de vos bulletins d’évaluation périodiques. Seules les notions essentielles devraient y figurer absolument. Les bulletins gagneront en lisibilité. Ils seront plus parlants, et certainement plus positifs pour un grand nombre d’élèves ».

C’est la première fois que j’entends ce discours. Jusque-là, à l’IUFM, l’injonction commune était de nous demander de tout évaluer. J’ai souvent ronchonné à l’idée de passer mon temps à évaluer mes élèves.
Là, notre IEN nous dit bien de tout enseigner (ne pas exclure certaines notions de notre programmation au prétexte qu’elles ne seraient pas essentielles), mais de ne pas tout vouloir inclure dans une évaluation sommative ni dans les bulletins de fin de période (ce qui n’empêche pas de de faire des listes d’élèves et d’y cocher d’autres compétences au fil des évals formatives : ces listes sont un outil de travail du maitre qui n’a pas besoin d’être restitué aux parents).

 

3. « N’évaluez que ce que vous avez enseigné. »

« Cela semble une Lapalissade… mais ce n’en est pas une. Attention à la formulation de vos questions dans vos évaluations. Si vous évaluez des connaissances, veillez à ne pas attendre de l’élève qu’il mobilise d’autres savoir-faire (de rédaction, par exemple) qui risquent d’interférer dans la qualité de sa réponse. »

J’ai été inspectée, il y a quelques semaines, et, à cette occasion, mon IEN a regardé avec moi une de mes évals de sciences. Dans cette éval, je posais des questions et j’attendais un petit paragraphe de réponse (je laissais 3 ou 4 lignes). Il y avait par exemple « Décris ce qu’il se passe au moment de l’accouplement, qui conduit à l’implantation de l’œuf dans la paroi de l’utérus (utilise les mots fécondation, ovule, vagin, spermatozoïde) » et aussi « Explique comment le bébé respire dans le ventre de sa mère« . Il m’a aidé à réaliser que, dans cette éval, je mélangeais l’évaluation des connaissances avec des compétences de rédaction. Or il se peut très bien qu’un élève ait bien appris sa leçon, ait les connaissances attendues, mais ne sache pas les restituer sous cette forme.

Nous avons discuté de l’importance d’apprendre aux élèves à rédiger leur réponse. Bien sûr que c’est important, essentiel même (!) mais cela doit être explicitement enseigné et évalué séparément. Nous avons pris l’exemple d’un cours d’Histoire sur Alésia où il s’agirait d’évaluer la rédaction d’une réponse avec une consigne du type « Raconte la bataille d’Alésia » en ayant travaillé préalablement la rédaction d’un récit, et en évaluant cette rédaction comme telle, avec une grille d’éval équivalente à celles que l’on fait habituellement en rédaction (« Tu as rédigé au moins tant de phrases », « Tes phrases ont du sens, une majuscule et un point », « Tu as respecté la chronologie des évènements » etc).

Pour revenir à l’évaluation des connaissances, une éval avec des phrases à trous, des vrai-faux, des propositions à relier est bien plus adaptée.

 

4. « Evaluez ce qui est censé être acquis ».

Quand vous choisissez de faire figurer une notion dans une évaluation bilan, c’est que cette notion est censée être acquise. Là encore, il faut que ce soit clair pour les parents aussi : si ce n’est pas validé, c’est qu’il va falloir mettre le paquet.

Si, comme évoqué plus haut, on recentre les évaluations sommatives sur les notions essentielles, on n’évalue plus les notions toutes fraiches qui viennent juste d’être découvertes dans le mois. Non, on évalue désormais le fruit de plusieurs mois de travail, dans le but de valider des compétences.

Pour les notions nouvelles qui ne sont pas essentielles, rien n’empêche de faire des petits tests, exercices, pour se rendre compte des progrès de la classe. Mais il n’est pas nécessaire, voire trompeur, de faire figurer cette compétence toute fraiche dans le bulletin et d’écrire un « Acquis » derrière alors qu’elle sera peut-être aussitôt oubliée si elle n’est pas rafraichie, réactivée pendant plusieurs mois ou années.

 

5. Dans le bulletin, une compétence est validée, ou pas.

Notre IEN nous encourage à abandonner les échelles de notation du type NA/ECA/AR/A et à adopter plutôt une présentation du bulletin  à une colonne : soit la compétence est validée, soit elle ne l’est pas (un peu comme dans le LPC).

Il faut avoir en tête qu’il nous demande de n’évaluer que les notions essentielles, et seulement celles qui sont censées être acquises. Dans ce cadre, cette proposition prend sens. Les autres colonnes n’ont pas de raison d’être : soit une compétence est validée, soit elle est « en cours d’acquisition », forcément. 

Normalement, les compétences seront validées, pour la plupart des élèves de la classe. Quand cela n’est pas le cas, il y aura lieu de rencontrer les parents, mettre en place des dispositifs de différenciation, d’aide personnalisée, PPRE, RASED etc pour travailler en priorité et avant tout ces compétences essentielles-là.

 

6. « Les résultats de vos élèves doivent vous conduire à vous questionner sur votre pratique. »

Ce n’est pas toujours facile à entendre, mais si mes élèves se plantent à une de mes évals, ce n’est pas (que) de leur faute, ni de celle des maitres des années précédentes ni des parents. Qu’on se le dise. Faire comprendre, apprendre aux élèves à apprendre, leur donner envie… C’est mon rôle. Cela ne fait pas de mal de se l’entendre rappeler de temps en temps. 

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