Je vous ai déjà parlé de ma copine Laure ? Mais si, ma super copine franco-suisse… Non ? Bon, alors apprenez que ma copine Laure a été touchée de tout près par la dyslexie et que, quand elle a suivi son mari expat à Chicago, elle a été bien obligée de se débrouiller toute seule pour aider son fiston qui galérait à apprendre à lire dans deux langues à la fois. À mes yeux, elle est devenue une sorte d’experte internationale sur le sujet (et le fiston en question s’en est super bien sorti).

Il se trouve que Laure a été séduite par la méthode Davis®, qui traite la dyslexie « autrement ». Elle en parle avec tant d’enthousiasme que je lui ai demandé de « nous » expliquer, à nous, profs des écoles, ce que c’est que cette méthode. Je lui laisse la parole :

Vous êtes bien sûr confrontés à des élèves dyslexiques. La solution : l’orthophoniste et hop, on attend. Parfois, ça marche, et pas toujours…

La méthode Davis propose une approche différente. Elle prend en compte la raison de ce trouble. M. Davis a déterminé que la raison de base de la dyslexie est que les enfants (ou les adultes d’ailleurs) pensent en images 3D, à l’opposé des autres qui pensent en mots (vous pouvez regarder la vidéo (clic) ). L’avantage de cette pensée en images c’est que, très souvent, ces personnes ont une grande créativité et une imagination fertile (vous l’aviez remarqué n’est-ce-pas ?)… mais ils ont aussi tendance à être confus beaucoup plus rapidement que d’autres.

Cette confusion est déclenchée par les lettres (dommage, quand on est à l’école pour lire)…

Un exemple : si l’enfant veut appréhender un arbre, il va le voir dans sa tête et même le faire bouger sous tous ses angles. Et pour finir, il aura totalement maîtrisé l’arbre.
Alors il fait la même chose avec un b : Pour le maîtriser, il va l’imaginer en 3D dans sa tête et le faire bouger pour le voir sous tous les angles… Et là, bingo, le b devient… d, et p, et q… Et la confusion va aller jusqu’à faire bouger les lettres dans sa tête, les changer de place, (voir la vidéo clic ).

Ces enfants ont besoin de voir des images. Or, visualiser l’image d’un arbre, dans sa tête, ça va, mais  quelle est l’image pour le mot « le » ? Difficile à voir… Or c’est un vrai problème, pour ce « penseur en images » qu’est le dys, de lire un mot sans image… Voilà la raison pour laquelle un enfant dyslexique pourra lire certains mots compliqués et buter quand même sur des petits mots.

Pour aider les enfants, la solution de la méthode Davis® est de leur montrer comment arrêter la confusion. Pour cela, on utilise leur faculté à imaginer dans l’espace jusqu’à ce qu’ils puissent contrôler leur perception pour avoir les « idées nettes », sans confusion.

De plus, nous lui faisons créer des modelages pour tous les petits mots sans image (le, que, sur, son, ce…) en utilisant la pâte à modeler. Il pourra ainsi maitriser ces mots en 3 dimensions, parce qu’il les aura créés lui-même.

Ce n’est pas facile de changer sa perception. C’est la raison pour laquelle le programme s’établit sur une sorte de « stage » d’une semaine, pour que l’enfant ait le temps de maitriser cette nouvelle aptitude.

Il se trouve que deux facilitantes (oui, c’est comme ça qu’on nous appelle parce que nous aidons les personnes à trouver leurs solutions) sont aussi enseignantes en élémentaire. Elles utilisent cette méthode en classe depuis 2 ans, avec la pâte à modeler et un certain nombre d’outils pour améliorer concentration et mobilisation. Les moments de travail collectif commencent tous par un temps de relâchement et un rituel dédié à la concentration (appelé alignement). Les enfants utilisent ensuite un « compteur d’énergie » qui va éviter dispersion et agitation. Les résultats sont visibles les élèves sont plus calmes, plus concentrés, plus attentifs, et gèrent plus facilement temps et attitude face au travail.

Enfin une approche de la lecture différente accessible aux « penseurs en image » !

Si vous voulez plus d’informations sur cette méthode :

Cette méthode a aussi développé des solutions pour tous les enfants « dys », c’est-à-dire avec troubles de l’attention ou pour les enfants dyscalculiques ou encore les enfants dyspraxiques.

Mais quoiqu’il en soit, vous en connaissez un peu plus sur cette méthode et pourrez lui faire bon accueil si un parent vous en parle… voire la proposer à des parents désemparés, si vous constatez, sur la carte, qu’il y a des « facilitants » près de chez vous.


charivari

Professeur des écoles (directrice d'école) en Sologne

5 commentaires

juju · 17 avril 2019 à 20 h 01 min

Bonsoir,
Merci pour ces informations, très intéressant.

Est-ce que tu sais en quoi consiste le « rituel de concentration » et le « compteur d’énergie »?

Merci beaucoup

    charivari · 18 avril 2019 à 13 h 31 min

    Moi non, mais Laure devrait passer par ici et pourra peut-être nous en dire un peu plus.

    CHAUVEL Hélène · 18 avril 2019 à 16 h 29 min

    Le « compteur d’énergie » sert à ajuster sa dose d’énergie et son comportement à la situation dans laquelle on se trouve pour qu’il y ait accord entre la tâche à faire et l’intensité qu’on y met. On n’a pas besoin de la même quantité d’énergie quand on fait du graphisme que lorsqu’on dispute un match de foot. C’est la prise de conscience et l’auto-régulation de son attitude face aux attendus.
    Le rituel de concentration permet de ne se centrer que sur une chose à la fois, d’avoir des perceptions justes et de prendre conscience des moments où on « décroche » et de ce qui a causé ce « décrochage ».

Nannemiel · 17 avril 2019 à 23 h 22 min

En visionnant ces vidéos, je pense immédiatement à deux frères, l’un en CM1 ‘mais de niveau CE1) et l’autre en GS qui présentent exactement les mêmes symptômes que ceux décrit dans les vidéos. J’avoue avoir eu du mal à arrêter de chercher des infos sur cette méthode tellement elle m’ouvre des perspectives. Dommage, j’habite loin de tout facilitant. n’empêche que je transmets l’info à ma collègue (qui a le plus jeune) et que je vais essayer la pâte à modeler pour mon élève ! Enfin peut-être un début de solution ! Merci pour ce post !

Elise N. · 8 mai 2019 à 17 h 15 min

Bonjour,
Pour mieux justifier mon commentaire je me présente : je suis une ex-enseignante (école élémentaire) en pleine reconversion pour devenir orthophoniste.
Cette méthode ici décrite, que je ne connais pas de prime abord, ne va pas à l’encontre de ce qui est fait en cabinet d’orthophonie, mais n’en est qu’une petite partie. En effet, les « causes » de la dyslexie peuvent être multiples, et les manifestations du troubles ne sont pas toujours d’origine visuelle (c’est d’ailleurs une minorité, puisque la grande majorité est due à un déficit d’ordre phonologique). La pensée en images, selon mon humble avis, n’est pas tant la cause de la dyslexie, qu’un moyen de compensation développé par les enfants dyslexiques pour compenser leurs difficultés phonologiques. En rééducation, une des pistes suivies est de passer par la voie de lecture « directe », ou lexicale, celle qui fait du sens directement, sans passer par des conversions graphèmes-phonèmes laborieuses pour ces enfants. Ce moyen de compensation est donc certainement utile à beaucoup d’enfants (dont celui de votre amie), mais il a l’air de prendre quelques raccourcis et de confondre un peu cause et conséquences. Et dans tous les cas, pour toutes les pathologies, une méthode qui prétend trouver la cause de tous les maux et surtout de les « traiter » est toujours à prendre avec beaucoup de pincettes ! Les troubles dys sont neurodéveloppementaux, spécifiques et durables, et ne sont donc pas « guérissables », mais plutôt compensables.
Loin de moi l’idée de vouloir lancer une polémique, l’approche est intéressant, mais j’avais juste envie de tirer les garde-fous sur toute méthode dite « miracle » !
Bravo pour votre travail, j’ai toujours été admirative, même si j’ai changé de direction !

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