Rituel de grammaire : démarche et présentation des cahiers…

Depuis l’apparition du prédicat dans la terminologie à enseigner, j’ai dû revoir la démarche d’analyse fonctionnelle des phrases et, aussi, revoir la présentation que nous en faisons sur les cahiers et au tableau : fallait-il encadrer, souligner, entourer, adopter un code couleur ?

J’ai essayé des choses en début d’année, en m’inspirant de ce que j’avais trouvé sur les sites de nos collègues québécois qui enseignent le prédicat depuis longtemps. Vers novembre, j’ai un peu ajusté le codage parce que les acronymes se télescopaient dans la page.

Finalement, je suis stabilisée sur la présentation suivante :

 

J’aime bien cette présentation parce qu’elle évite les groupes entourés (ou encadrés) et les flèches, qui sont vite très laids quand la phrase est longue.

Au cycle 3, je préfère éviter les codes couleurs trop contraignants (type sujet en bleu, prédicat en vert etc) pour qu’ils puissent analyser leur phrase rapidement (ne pas perdre de temps sur les changements de stylos) et qu’ils puissent aussi le faire sur ardoise (ils ont rarement plusieurs couleurs de feutres d’ardoise). Je leur demande quand même de changer de couleur pour les CdN qui sont souvent imbriqués dans un autre groupe.

Cette présentation fait bien apparaitre le premier niveau d’analyse, Sujet-Prédicat-CdP, entre crochets, ainsi que le deuxième niveau, dans lequel mes élèves disent qu’on « entre dans les crochets » pour regarder si  le verbe et les noms ont des compléments.

Ce premier niveau d’analyse a un bénéfice inattendu : il restreint le champ de recherche. Les élèves ont vite vu que les compléments de verbe et les compléments de noms sont forcément dans les mêmes « crochets » que le nom ou le verbe qu’ils complètent. L’an dernier, certains me disaient que dans la phrase « Le chat de ma grand-mère dort. », [de ma grand-mère] était un COI parce qu’on disait « de qui ? »
Cette erreur a complètement disparu cette année.

Voici une petite « capsule muette » de présentation de notre démarche d’analyse, qui est bien rodée maintenant.

 Sur twitter, Aude a partagé une photo de son tableau. Je trouve sa présentation très claire. Je ne l’adopte pas parce que je veux faire apparaitre les CdN et cela ferait trois étages de soulignement, mais pour ceux d’entre vous qui ne s’occupent que de l’intérieur du prédicat et pas des CdN, je trouve cela très net.

Voici enfin un extrait du Grevisse de l’enseignant qui explique bien l’évolution des Compléments Circonstanciels

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25 Commentaires

  1. alain l.

    Très claire et explicite ta capsule Charivari …

    @t

    alain

  2. Pilon

    Je dis certainement une bêtise mais il me semble que , bien que anciennement coi, à sa grand mère peut être déplacé et supprimé donc cdp maintenant., non? L equivalence n est pas, si j ai bien compris, systématique.

  3. Marie-Claire

    Bonjour!
    Très explicite ta « capsule ». Toutefois, je me heurte à un problème dans l’analyse de la phrase , je te le soumets donc. Quand les élèves recherchent le CdP, ils recherchent un groupe qui se déplace ou peut être supprimé. Or, « à ta grand-mère » peut être déplacé et supprimé et pourtant , ce n’est pas un CdP mais un CdV. Que dire aux enfants?

  4. Victor

    Roh, quand même, Marie-Claire et Pilon, j’espère que vous n’enseignez pas en élémentaire.
    Cette notion de complément de verbe ne date pas de ces programmes 2015 : Les CdV étaient déjà dans les programmes précédents et les compléments d’objet (COI ou, comme ici, COS) en ont toujours fait partie. Ce sont des compléments essentiels, ils n’ont jamais été classés dans les compléments de phrase.
    Mes élèves ne s’y trompent pas. Non, « à ma grand-mère » n’est pas déplaçable à moins d’adopter un style très peu naturel à la « maitre Yoda ».

    Merci Charivari pour cet article : j’étais moi aussi embêté par le « codage » des groupes. J’avais fait entourer les compléments, mais, comme tu le dis, c’est moche comme tout. L’an prochain j’adopte ta présentation. Pour la démarche, je fais à peu près la même chose sauf qu’on commence par isoler les CdP (Picot fait ça).

    Quant à la pronominalisation des CO, c’est super dur pour mes CM2, pas chez toi ?

  5. Charivari (Auteur de l'article)

    Heu, si, c’est super dur en effet, surtout qu’on commence tout juste. Je passe par cette étape (pronominaliser des CO) pour pouvoir, ensuite, vers avril-mai leur présenter des phrases où les CO sont des pronoms.

  6. Maria

    Super, j’adopte. Et quand le prédicat est coupé en deux parties le cdp on fait « des crochets dans les crochets »? Par exemple : Je mange rapidement mon petit déjeuner.

  7. Charivari (Auteur de l'article)

    Sur le principe, oui, il faudrait faire des petits crochets dans des grands crochets…

    Mais j’évite les adverbes dans le prédicat parce qu’il arrive qu’ils ne soient pas des CC. Ils sont plutôt « modificateurs du verbe », comme dans « Je mange bien ». Dans ta phrase, rapidement complète plutôt le verbe et non la phrase entière, même si « ça se discute ».
    Les adverbes qui sont toujours CC, ce sont ceux qui complètent toute la phrase, comme « Aujourd’hui, j’irai diner chez Mamie ».

  8. maria kragerud

    Merci pour ta réponse. Mais ce cas peut aussi se présenter sans que ce soit un adverbe: Elle rencontra en chemin une sorcière. Ou : Il réfléchit pendant tout la matinée à son problème.

  9. Charivari (Auteur de l'article)

    Absolument. Si je présentais ce cas, je ferais petits crochets dans grands crochets (mais j’avoue que je ne leur présente pas ce genre de phrases, je leur fais juste faire le déplacement à l’oral pour qu’ils constatent que « c’est possible »)

  10. armand

    Bravo !

    C’est clair et je pense le proposer pour le cycle 3 de mon école !

  11. tehanu

    Bonsoir,
    J’ai lu dans un autre article que tu suivais la méthode Picot… Suis-tu également sa progression ou bien avances-tu plus vite (dans la conjugaison également, pour suivre le rythme des ceintures) ?

  12. Charivari (Auteur de l'article)

    Je suis Picot, mais beaucoup de choses ne sont que des révisions ou des approfondissements. En ce moment, nous sommes dans le passé composé… cela fait 4 ans qu’ils l’étudient. Ceci dit, ce n’est pas du luxe, mais j’ai des élèves qui ont la ceinture noire en conjugaison depuis plusieurs semaines alors que nous n’avons pas vu formellement tous les temps avec Picot cette année.

  13. Manu

    Bonsoir,
    Merci pour tout ce que tu partages, c’est très enrichissant.
    Est-ce que tu inventes les phrases que tu proposes aux élèves? Si non, où les pioches-tu ?

    Est-ce que tu as fait une progression dans tes phrases : avec un CdV puis deux, sans CdP, sans AS ou autre, … ??

    Merci beaucoup

  14. Magmag

    C’est très clair ! Mais étant prof d’Hist-Géo au collège, je n’ai pas à enseigner ces nouvelles règles. Par contre, je suis très admirative de la capsule de présentation !

  15. Charivari (Auteur de l'article)

    J’invente la plupart du temps (à partir de la vie de la classe) ou bien, Si Je manque d’inspiration, j’utilise une phrase de Picot.
    Pas de programmation formelle (mais bien sûr j’ai commencé à mettre des V d’état quand on a vu l’AdS)

  16. Eveline Charmeux

    je pense que tout le monde a oublié l’essentiel : avec ou sans prédicat, le seul but de la grammaire, c’es de faire découvrir comment fonctionnent les textes qu’on a lus, afin de rendre plus consciente la maîtrise de la langue en lecture comme en production d’écrits.
    L’important n’est donc ni la « présentation », ni le vocabulaire, mais les notions que ce vocabulaire cache.
    Je rappelle que le terme de prédicat n’est nullement obligatoire : il n’apparaît qu’une seule fois dans les programmes (apparemment rajouté sans utilité aucune pour satisfaire un IG du coin !) , où il fait double emploi avec la notion de « groupe du verbe » bien mieux nommé « GV » pour laisser la notion plus libre,
    Il n’est donc nullement indispensable, et ce, d’autant plus qu’il conserve un relent de sémantisme toujours dangereux en grammaire (« ce qu’on dit du sujet » n’est pas une formule très scientifique !) . En plus ce terme est nouveau pour les enfants, sans clarté aucune, et il ne correspond à aucune notion spécifique, autre que celle du GV. Il n’a aucun intérêt

  17. Charivari (Auteur de l'article)

    Merci pour cet éclairage. Je suis de ceux qui pensent qu’un professeur des écoles n’a pas à « faire le tri » dans les programmes en sélectionnant ça et là les choses qu’ils choisit d’enseigner. Cela me parait d’autant plus sensible lorsque l’on parle de terminologie. Il me semble que c’est bien plus grave d’embrouiller les élèves en laissant chaque professeur décider du jargon qu’il adopte. Un minimum de cohérence est nécessaire, donc de discipline de la part des enseignants.

    D’autre part, si nous pouvons nous permettre d’écarter les notions dès lors qu’elles n’apparaissent qu’une seule fois dans les instructions officielles, cela va élaguer beaucoup de choses !

    Vous avez une conception très large de la liberté pédagogique. Je ne la partage pas.

    [J’ajoute, après vérification, qu’une simple recherche par Ctrl+F sur le document de cycle 3 révèle que le prédicat apparait 6 fois.]

  18. Victor

    Madame Charmeux, je suis sidéré par votre commentaire. Sidéré et en colère.

    Bien sûr, votre expertise justifie que votre avis sur la question soit précieux. Il y a visiblement querelle d’experts sur le sujet (y compris entre pays francophones puisque, si j’ai bien compris, le Québec enseigne la notion depuis longtemps) et votre avis diffère de celui des rédacteurs des IO. Vous avez peut-être raison. Surement ? Bon.

    Mais que vous puissiez vous permettre d’encourager les enseignants à ne pas suivre les IO ! Les bras m’en tombent. Alors que vous avez été enseignante et formatrice et que vous savez forcément les dégâts causés par l’indiscipline des professeurs en termes de jargon grammatical… Je pense aux générations d’élèves qui ont dit « substantif » en année A et « nom » en année B, puis à nouveau « substantif en année C »… « adjectif possessif » en année D et « déterminant possessif » en année E…

    Que de temps perdu à déconstruire ce que les élèves avaient appris, pour remplacer la terminologie d’un maitre par celle du suivant, sous prétexte que le nouveau maitre n’adhérait pas aux nouvelles directives parce qu’une « Mme Charmeux ou équivalent » leur avait expliqué qu’il fallait continuer à dire substantif ou adjectif démonstratif !

    Je ne suis que professeur des écoles. Peut-être que cette réforme n’est pas idéale. Peut-être que vous avez raison. Mais je suis convaincu qu’avec ce discours, en encourageant les enseignants à faire leur marché dans les termes et les notions, vous faites beaucoup plus de mal aux élèves que ce malheureux prédicat.

    Oui, dans ma classe on dit prédicat pour désigner la fonction du GV. Oui, ça a été très simple à enseigner et non, les élèves ne sont pas perdus. J’espère seulement que je n’aurai pas fait cela pour rien, à cause « d’experts » qui auront été mettre dans la tête des collègues de CM2 ou du collège que les programmes ne seraient qu’optionnels et qu’on pourrait très bien s’affranchir de les suivre.

  19. Sylvie54

    Bravo Victor, je n’aurais pas dit mieux.

    … et moi, je trouve que le commentaire de Mme Charmeux est très symptomatique des formations que j’ai reçues à l’IUFM : Tellement éloignées du quotidien de la classe !

    Car il faut vraiment avoir perdu de vue le quotidien d’une classe de primaire pour oser critiquer cet article et railler ton souci, Charivari, de rationaliser la présentation des cahiers ou le vocabulaire utilisé. Ta présentation est ultra claire. Elle m’a remis les idées à l’endroit. Alors merci pour ce que tu écris qui m’aide au quotidien dans ma classe beaucoup plus que des heures de formation, et laissons les « experts » se crêper le chignon sur leur planète.

  20. Enovie

    Juste un petit commentaire concernant l’analyse de la phrase dans la video.
    Pour trouver le sujet, je pars du verbe conjugué : qui est-ce qui … , et pour trouver le verbe, je change le temps. « de qui on parle » me semble un peu vague. Par exemple, dans la phrase « Je mange une belle pomme. », l’élève pourra se dire que l’on parle de la pomme.

  21. titou

    Votre blog est une merveille et une mine d’or.

    Il paraît que les petits Allemands connaissent le prédicat depuis longtemps, mais un prédicat minimal qui ne contient que le verbe sans complément.

  22. sophieprof

    merci pour tous ces renseignements, c’est très clair.

  23. maud

    Merci beaucoup, j’y vois plus clair!!!

  24. Agnès b.

    Félicitations ! On parle de toi dans Télérama de cette semaine qui propose un article sur … le prédicat.

  25. Charivari (Auteur de l'article)

    Oui, j’ai vu. C’est un peu n’importe quoi, je ne fais rien « colorier » (où ont-ils été chercher cela ?), mais bon…

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