Nouveau programme de grammaire : le prédicat

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Pour répondre à quelques questions reçues par mail ou sur Twitter, je remonte cet article de février 2016.

Ceux d’entre vous qui ont commencé à feuilleter les nouveaux programmes de grammaire, applicables à la rentrée, sont peut-être tombés en arrêt, comme moi, devant un nouveau « gros mot » introduit dans le jargon des notions à enseigner à nos élèves : le prédicat.

 

BO nov 2015, Etude de la langue, attendus de fin de cycle 3 :

Nouveaux programmes de grammaire : le prédicat

Le prédiquoi ?

La réponse n’est pas difficile à trouver chez nos amis canadiens qui enseignent cette notion depuis plus longtemps que nous :

Le prédicat, c’est (tout simplement) la fonction du groupe verbal.

predicat-blog

Exemples, tirés de cette fiche d’exercice :

Nouveaux programmes de grammaire : le prédicat

Remarquez que je n’ai pas dit « Groupe Verbal et Prédicat, c’est la même chose ». Ce serait aussi faux que de dire « Groupe Nominal et Sujet, c’est la même chose« . Non : le Prédicat, c’est la fonction du GV (comme « Sujet » peut être la fonction d’une groupe nominal).

Sur document destiné à la formation des enseignants québécois, on conseille aux professeurs des écoles  d’enseigner les constituants de la phrase dans l’ordre suivant  : d’abord le sujet, ensuite les compléments de phrase (ou « compléments circonstanciels ») et enfin le prédicat (ce qu’il reste dans la phrase quand on a enlevé le sujet et les CC).

C’est d’ailleurs le choix de la méthode Picot. Dans « Faire de la grammaire au CM« , on identifie d’abord les groupes mobiles avant d’apprendre à repérer les compléments essentiels. J’ai testé cette année : cela fonctionne très bien !

Une fois que les élèves sont bien à l’aise pour identifier sujet / prédicat / compléments de phrase, il convient de leur montrer que ces groupes peuvent comprendre un/des complément(s) du nom, et que le prédicat peut  inclure, en plus, un complément de verbe, qu’on appellera complément direct (ou indirect) de verbe (ou attribut du sujet).

Ci-dessous, la très jolie présentation de Christel Prince :

Nouveaux programmes de grammaire : le prédicat

Mais enfin… à QUOI ça sert ? 

Nous y voilà. Voilà LA bonne question. A quoi ça sert ?

C’est une question que je me suis souvent posée en enseignant la grammaire à mes CM.

Il y a des choses qui me semblent évidentes : identifier le sujet permet d’accorder le verbe. Identifier un COD permettra d’accorder le participe s’il le COD est antéposé, étiqueter un adverbe permet de savoir qu’il est invariable. Bon.

Mais à quoi cela sert-il de distinguer un CCM d’un CCL ? A quoi cela sert-il de distinguer un adjectif attribut d’un épithète ? A quoi cela sert-il d’apprendre aux élèves à ne pas confondre le COD et l’attribut du sujet (qu’ils accordent très bien sans savoir l’étiqueter) ? A part l’argument des langues « à cas » (choisir le bon cas quand on traduit la phrase en latin), je n’ai jamais eu trop de réponses à mes questions existentielles.

Alors qu’ici, avec le prédicat et cette analyse sujet / prédicat / CP, enfin, on va se servir de la grammaire pour apprendre à rédiger.

Ce ne sera pas très compliqué d’apprendre à des CM à découper des phrases simples en Sujet / Prédicat / Complément(s) de Phrase. Cela devrait venir assez vite. Il y a peu de pièges. Idéalement, il faudrait qu’ils fassent cela avec aisance dès le début du CM1.

Alors, dès qu’ils seront à l’aise pour faire cela, nous pourrons nous appuyer sur cette aisance pour enrichir leurs rédactions.

Dès qu’ils seront à l’aise, nous pourrons prendre l’habitude de leur faire recopier leurs phrases de rédaction dans un tableau sujet / prédicat / CP, et observer le résultat.

Que donne la colonne sujet ? Y a-t-il beaucoup de répétitions ?
=> travailler la pronominalisation, la reprise, les synonymes…

Que donne la colonne « compléments de phrase » ? Souvent, elle est vide chez les rédacteurs débutants.
=> Enrichissons nos phrases. Ajoutons des connecteurs de temps, des informations qui disent où, de quelle manière, pourquoi…

Enfin, la grammaire sera non seulement au service de l’orthographe (c’était déjà un peu le cas) mais aussi au service de la syntaxe, de l’expression.

Finalement, j’aime bien cette histoire de prédicat, moi.

J’ajoute la photo d’un cahier (atelier de grammaire, préparation de la ceinture vert foncé)

atelier de grammaire prédicat ceinture vert foncé


2016-2-15 14:37:00
Cycle III Français

13 Commentaires

  1. Fanny

    Moi aussi je trouve enfin la grammaire plus claire! Reste quelques cas qui me posent des soucis:
    Que fait-on des CC non déplaçables/supprimables?
    Ex: Je vais à l’école. Ils sont sur la fenêtre. Zoé passa avant moi.

    Répondre
    1. Charivari (Auteur de l'article)

      Je ne les appelais déjà plus CC, moi (les CC étaient déjà déplaçables et supprimables, bien avant les IO 2015). Dans « Je vais à Paris », à Paris était un complément essentiel de lieu. je n’ai jamais vu de « Je vais à Paris » dans les exercices sur les CC des manuels.

      Aujourd’hui, c’est simple : A Paris (sur la fenêtre avant moi…) sont des compléments de verbe.

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  2. Mamina

    Bonsoir ,
    Quelle est ta progression en grammaire cm 1 ?
    Sujet , compléments de phrase, prédicat , compléments de verbe ?
    Je n ai pas trouve de Manuel cm1 traitant du prédicat.

    Répondre
    1. Charivari (Auteur de l'article)

      Au CM1, pour les fonctions syntaxiques, ils s’arrêtent au prédicat (pas de complément de verbe). Donc sujet, verbe, CdP, prédicat.

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  3. stenanais

    Une vidéo sur le sujet du prédicat qui me parait claire et intéressante.

    Et avec l’accent Canadien en prime … ;-)..

    https://youtu.be/UdnFn00Qf-g

    c@t

    alain

    Répondre
  4. Nicole

    Tout d’abord merci pour les documents et les idées partagés.
    Je ne partage pas votre avis sur le prédicat. Cette notion est très complexe et même les grammairiens ne sont pas tous d’accord quant au contenu de cette notion. Je trouve dommage de vouloir utiliser des choses aussi complexes. Nous sommes finalement obligés de simplifier la notion , ce qui me gêne. Quant aux compléments de phrases, cette terminologie n’est pas aussi facile à comprendre. Ce qui est désigné comme complément de phrase fait partie de la phrase.
    Notre inspectrice ainsi que le collège de secteur nous conseillent de ne pas utiliser le prédicat…

    Concernant les manuels, cela est confus (avec ou sans prédicat, cod ou coi …).

    En vous remerciant d’apporter votre argumentation et de permettre un échange à ce sujet.
    Cordialement

    Répondre
  5. danielle

    Bonjour,

    Dans la phrase

    Nous achetons régulièrement des friandises

    Le prédicat est : achetons régulièrement des friandises? ou achetons des friandises?régulièrement étant donc un cdp

    Merci

    Répondre
  6. Charivari (Auteur de l'article)

    Bon exemple, simple et adapté à des CM.

    Nous achetons régulièrement des friandises

    1. Etape 1 : De qui parle-t-on, qui est le sujet : Nous

    [Nous] achetons régulièrement des friandises
    S

    2. Etape 2, y a-t-il des groupes que l’on peut supprimer ou déplacer ? Pour être sure, je fais déplacer en tout début et en toute fin.
    Oui [régulièrement]. On le prouve :
    Suppression : Nous achetons des friandises
    Déplacement : Régulièrement, nous achetons des friandises.
    Nous achetons des friandises régulièrement.

    [Nous] achetons [régulièrement] des friandises

    3. Etape 3 : ce qu’il reste, c’est le prédicat : achetons des friandises.

    Au CM1, la méthode Picot restait, l’an dernier, une période complète sur les compléments de phrase (qu’elle commence par appeler les « groupes mobiles ». Trouver les « groupes mobiles » est la seule difficulté de l’affaire, en fait, puisque le prédicat c’est « ce qu’il reste » une fois qu’on les a enlevés. Donc il ne faut pas aller trop vite sur cette étape.

    En bas de l’article, je mets un cahier d’élève.

    Répondre
    1. danielle

      Un tout grand merci de votre réponse!

      Répondre
  7. Alain

    Bonjour, je suis grand père de 2 enfants en CM1.J’ai vu apparaître cette notion avec effarement : c’est un mot qui sonne mal, jamais utilisé dans la conversation, et qui fait penser à prédication, dont le sens n’est pas toujours positif.
    Mais surtout, il arrive beaucoup trop tôt (doit il arriver un jour d’ailleurs?): les études montrent que les enfants sortant de primaire ont du mal à lire et font beaucoup de fautes de grammaire et d’orthographe . Savoir ce qu’est un prédicat ne les aidera certainement pas pour résoudre ces difficultés (dues à mon avis à la dispersion des notions que ces enfants doivent assimiler). Quant à écrire, leur appréhension de la phrase n’en est pas encore au stade avancé requis pour cerner la notion de prédicat (et l’on voit qu’il y a beaucoup de définitions de ce mot). Un de mes petits enfants est dyslexique: la notion de prédicat ajoute à ses difficultés ! Assez de ces nouveautés venant bouleverser ou ajouter aux méthodes classiques. Comme pour TOUTES les matières jusqu’en Terminale, allégeons! Chaque corps de professeurs ne doit pas chercher à faire de ses élèves des spécialistes de leur matière.

    Répondre
    1. Charivari (Auteur de l'article)

      Bonjour monsieur,
      vous avez été entendu, vous savez. Ces nouveaux programmes, en grammaire, se concentrent sur ce qui permet aux élèves de bien écrire. Alors que les programmes de 2008 avaient alourdi la grammaire, ceux de 2015 l’ont allégée de tout ce qui n’aide pas à bien écrire.
      Ils considèrent qu’un élève de primaire ne sera pas en difficulté s’il distingue mal un complément circonstanciel de cause d’un complément circonstanciel de conséquence, qu’il pourra apprendre à écrire même sans savoir isoler les propositions subordonnées relatives, qu’il pourra se concentrer sur l’orthographe plutôt que de passer du temps à apprendre à différencier les pronoms démonstratifs des déterminants démonstratifs, ou distinguer les prépositions des conjonctions. Tout cela a été allégé, justement, pour que nous puissions passer du temps sur les accords, sur les règles de base de l’orthographe lexicale et sur la syntaxe.
      L’introduction de ce prédicat nous permet de découper la phrase simple en deux composants systématiques : le sujet et son prédicat, et un composant optionnel, le complément de phrase. Cela rend l’analyse grammaticale très logique :

      Le chat boit (sujet – prédicat).
      Le chat boit dans la cuisine (sujet – prédicat – Complément de phrase).

      On se retrouve simplement avec 3 sortes de compléments (qui n’ont plus des « gros mots », comme avant) :
      1. Le complément de phrase, qui complète donc toute la phrase, comme vu ci-dessus.
      2. Le complément de nom : le chat de gouttière boit.
      3. … et le complément de verbe : le chat boit du lait.

      L’analyse grammaticale est vraiment dépoussiérée. Je peux m’en servir pour aider les élèves à enrichir leur rédaction (ce que je ne pouvais pas faire avant)… et, comme le programme de grammaire a été allégé, je passe plus de temps sur l’orthographe, ce qui est salutaire.

      Répondre
  8. chantal

    Bonjour, je me questionne sans cesse sur cette histoire de prédicat.
    Je suis d’accord avec vous sur bien des points mais cela reste une notion complexe, et tout le monde ne s’accorde pas toujours. et c’est là que cela (me) pose problème!
    Un groupe peut être supprimable et déplaçable mais comme il change le sens du verbe il appartient au prédicat ( ex la plupart des adverbes).
    dans la phrase : Nous achetons régulièrement des friandises. Le prédicat serait achetons régulièrement des friandises.
    Et là forcement tout le monde n’est pas d’accord!

    Répondre
  9. Meli melo

    Le prédicat s’est bien mais parfois je doute:

    Dans la phrase :

    Il fait une blague à ses parents.

    sujet: il
    predicat: « fait une blague » ou « fait une blague à ses parents? »

    Merci de m’éclairer.

    Répondre

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