Autodictées

J’ai longtemps été hostile aux autodictées. Pour moi, c’était à la fois trop difficile et trop facile : cela demandait beaucoup d’effort aux élèves alors qu’ils n’avaient pas à réfléchir, il leur suffisait de régurgiter sans comprendre pourquoi tel mot s’écrivait comme ceci et pas comme cela.

Et puis… j’ai changé d’avis.

Qu’est-ce qu’une autodictée ?

L’autodictée est un exercice scolaire dans lequel l’élève apprend un texte par cœur et le restitue à l’écrit.

Quel sont les intérêts d’autodictées régulières ?

  • L’autodictée muscle la mémoire.
    Comme lorsqu’on fait apprendre des poésies, les élèves s’entrainent à apprendre « par coeur » et c’est une compétence très importante pour les écoliers. Plus on apprend, plus on sait apprendre, plus on prend confiance, plus on le fait avec aisance et rapidité et plus on se sent compétent.
  • L’autodictée entraine à mémoriser l’orthographe de ce qu’on lit.
    Les élèves doivent retenir un texte pour être capables d’en restituer non seulement les mots mais en plus, ici, leur orthographe. C’est essentiel dans la plupart des activités scolaires et ce n’est pas inné pour les élèves. Beaucoup de mes élèves apprennent correctement leurs leçons (en histoire, en géographie, en sciences…) mais ne retiennent pas bien l’orthographe des mots-clés de ces leçons. C’est donc un savoir-faire à développer.
  • L’autodictée fait travailler l’orthographe lexicale (l’orthographe des mots). Les autodictées permettent de balayer un grand nombre de mots, dont certains semblent très fréquents et méritent quand même souvent une révision.
  • L’autodictée fait aussi travailler l’orthographe grammaticale : les élèves apprennent à repérer qu’ils mémorisent bien mieux les accords du texte quand ils les comprennent

Quels sont les risques / inconvénients de cet exercice ?

  • L’autodictée est un exercice difficile. Même avec de l’aide, cela prend du temps de mémoriser correctement le texte et son orthographe.
  • La tentation est grande de laisser les élèves seuls face à leur texte. On écrit « Pour mardi 12 : Autodictée 4 » dans le cahier de texte,  et hop, on referme le dossier jusqu’au mardi. Or très peu d’élèves d’âge primaire sont capables de s’entrainer seuls à restituer un texte par écrit : l’apprendre par coeur, repérer les difficultés, les comprendre, s’entrainer, repérer les erreurs qu’on a faites, recommencer sans faire ces erreurs… C’est un processus qui parait naturel aux adultes et qui ne l’est jamais pour les enfants.
    Donc si on laisse les élèves seuls, on aura fatalement deux catégories d’élèves ; ceux qui ont quelqu’un à la maison qui a le temps / l’énergie / la compétence pour les faire travailler, et les autres. Les premiers restitueront le texte sans erreurs, et les seconds se sentiront dépassés par la tâche : comme à chaque fois qu’on compte sur les parents pour faire travailler leur enfant, l’égalité des chances prend une grande claque, à cause de nous.

Comment s’y prendre si on tient malgré tout à proposer cet exercice aux élèves ?

Ma stratégie c’est de faire comme si les élèves n’avaient personne à la maison pour les aider. Je veux que même les élèves les moins assistés à la maison puissent briller dans cet exercice. Pour cela :

  1. Les textes ne sont pas trop longs (20 à 50 mots pour des CM) et leur longueur est progressive (les textes sont de plus en plus longs au fil de l’année).
  2. Je donne toujours l’autodictée à apprendre en deux étapes : d’abord à l’oral, puis à l’écrit.
    je fais réciter les élèves à l’oral, comme une poésie, sur chaque texte.
    Dans ma classe, je donne un texte tous les 15 jours : ils ont une semaine pour apprendre le texte et savoir le réciter oralement (y compris la ponctuation), et une semaine pour l’apprendre à l’écrit.
    Si on veut donner un texte par semaine, on peut donner à apprendre pour le mardi à l’oral puis pour le vendredi à l’écrit, par exemple.
  3. Le texte est étudié en classe.
    A la manière de la « phrase donnée du jour » (CF Comment enseigner l’orthographe aujourd’hui, Hatier, Danième Cogis), j’affiche le texte, je souligne certains accords ou difficultés, et les élèves s’exercent à les justifier.
    Je me sers aussi des phrases du texte pour les analyses grammaticales rituelles.En début d’année, le texte oral est toujours mémorisé en classe (cela va très vite : je l’affiche au tableau, nous le lisons en entier, puis j’efface un mot et nous le lisons tout avec le mot effacé, j’efface un autre mot – ou groupe de mots – etc jusqu’à ce que tout le texte soit effacé.)
    A l’approche de l’échéance, en atelier par binôme, les élèves s’entrainent à réciter leur texte par écrit et s’échangent leur cahier pour que chacun corrige le cahier du voisin.
    Il reste toujours du travail personnel aux élèves (de plus en plus au fil de l’année), mais  ce travail est guidé et ne nécessite aucune compétence technique ni parent accompagnateur : seulement de la persévérance.

Quels textes donner à apprendre ?

Quitte à apprendre des choses par coeur, j’aime bien que les textes appris soient un peu riches. On peut choisir des jolies citations, ou des textes documentaires… J’utilise beaucoup, pour ma part, les hors-série de « Mon quotidien » : les textes sont adaptés à nos écoliers, tant pour leur contenu que pour le vocabulaire utilisé.

Je donne tous les textes en début d’année. Ils sont numérotés. Dans le cahier de texte, je n’ai plus qu’à écrire « autodictée 13 ». Je vous mets ci-dessous des recueils d’autodictées que j’ai créés, pour des CE ou des CM :

Pour des CE, des textes de QLM sur le temps et l’espace :

Des étoiles de conjugaison pour le CE1 et le CE2Pour des CE encore, des textes de QLM de sciences et d’instruction civique :

Des étoiles de conjugaison pour le CE1 et le CE2Pour des CM, des textes sur le thème de la mer :

Des étoiles de conjugaison pour le CE1 et le CE2Pour des CM encore, sur le thème du développement durable :

Des étoiles de conjugaison pour le CE1 et le CE2Foire aux Questions :

Ce sont les seules dictées que tu fais en classe, ou bien tu les accompagnes de dictées plus « classiques » pour lesquelles les élèves n’apprennent pas le texte à l’avance?

Je fais une dictée tous les jours. Une fois par semaine, c’est une dictée « longue », d’un paragraphe classique (non préparé : les élèves n’ont jamais le texte à l’avance). Les quatre autres jours de la semaine, je dicte une ou deux phrases (entre 1 à 3 lignes de cahier) pour une « dictée flash » qui prépare aux difficultés de la dictée du vendredi. Cette dictée quotidienne est donc très courte, mais je consacre au moins 15-20 minutes à sa correction pour analyser toutes les règles et tous les accords en jeu avec la classe.

Pour cette dictée quotidienne, il m’arrive de faire des « dictées négociées » (où les élèves travaillent par deux, doivent se mettre d’accord sur leur dictée et doivent être capables de justifier chacun de leurs accords), ou des dictées « frigo » : là les élèves font leur dictée sur leur cahier d’essai puis rangent le cahier dans leur casier. Puis, on corrige la dictée collectivement mais les élèves n’ont pas le droit de sortir leur cahier du casier. Plsu tard dans la journée, ils reprennent leur cahier d’essai, corrigent leurs erreurs en fonction de la correction faite en classe (de mémoire) et recopient le texte qu’ils estiment corrigé sur leur cahier du jour.

Comment fais-tu avec les élèves dyslexiques ou qui ont des difficultés de mémoire ?

Les élèves qui ont des difficultés de mémoire ont, encore plus que les autres, besoin de ce type d’exercice. Je ne fais rien de plus que les autres. Ils savent juste qu’ils doivent y passer plus de temps que les autres.

Pour les élèves dys, certains ne peinent pas trop. Cela dépend beaucoup d’un élève à l’autre (et c’est gratifiant pour ceux qui réussissent). Cette année, je ne fais rien de spécial. L’an dernier, je convenais avec un de mes élèves de réduire le texte à mémoriser (avec un petit trait dans le texte). Nous faisions cela discrètement : les autres élèves n’en savaient rien.

 

Cela vous plait ? Dites-le !

10 Commentaires

  1. Circé

    J’aime beaucoup le procédé et moi qui n’étais pas fan des autodictées je suis tentée. Petite question pratique, comment fais-tu avec les élèves dyslexiques ou qui ont des difficultés de mémoire?
    Et un grand grand merci pour tout ce que tu partages !!!

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    1. charivari (Auteur de l'article)

      Les élèves qui ont des difficultés de mémoire ont, encore plus que les autres, besoin de ce type d’exercice. Je ne fais rien de plus que les autres. Ils savent juste qu’ils doivent y passer plus de temps que les autres.

      Pour les élèves dys, certains ne peinent pas trop. Cela dépend beaucoup d’un élève à l’autre (et c’est gratifiant pour ceux qui réussissent). Cette année, je ne fais rien de spécial. L’an dernier, je convenais avec un de mes élèves de réduire le texte à mémoriser (avec un petit trait dans le texte). Nous faisions cela discrètement : les autres élèves n’en savaient rien.

  2. Nannemiel

    Bonjour Charivari,
    Pour une fois et c’est rare, je ne te suivrai pas. j’ai pratiqué les autodictées il y a quelques années. Et puis ma 3ème fille est arrivée en CE avec une autodictée par semaine à apprendre. Et elle faisait partie de ceux qui ont la chance d’avoir quelqu’un qui peut les aider à la maison. Total : une heure de travail chaque jour du CE1 au CM2 juste pour l’autodictée (si, si) pour des résultats très très moyens. C’est vrai en fin d’école primaire, elle avait la moyenne. Mais quels efforts pour y parvenir ! Elle est maintenant en terminale bac pro cuisine et fait toujours autant de fautes d’orthographe tant lexicales que grammaticales. Pour moi, cela ne lui a servi à rien. Ce n’est pas la mémorisation des textes qui lui posait souci, c’était fait en une fois en 20min. Mais elle pouvait écrire les mots du texte avec une erreur différente chaque jour …
    Depuis je ne fais plus d’autodictée et je n’en referai pas malgré le dispositif que tu proposes : c’est ce que je lui faisais faire.
    Il n’empêche que tu restes ma blogueuse préférée !

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    1. charivari (Auteur de l'article)

      Merci pour ton précieux témoignage (et si gentiment formulé) !

  3. Annabelle

    Merci pour cet article qui permet de réfléchir à nos pratiques! Chez nous , les élèves construisent eux-mêmes leur autodictée avec une liste de mots donnée. Selon le moment de l’année et leurs progrès ils la construisent seuls, à 2, en petit groupe ou collectivement (pour découvrir l’exercice notamment). Cela les aide à mémoriser plus facilement le texte. Cela permet également de travailler la cohérence syntaxique. Nous sommes plutôt satisfaites des progrès réalisés par les élèves même si, comme chaque organisation, elle est perfectible.

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  4. Jean Ferrer

    Bonjour
    Vous avez raison de ne pas avoir aimé les autodictéees et aussi raison de les remettre dans votre classe à l’honneur.
    Les textes proposées sont bien adaptés et intéressants.
    Pourtant avec le logiciel que m’a fait un ami, on constate que beaucoup de mots sont hors échelle Dubois Buyse (dont vous aviez parlé, il y a 2 ou 3 ans) et donc difficiles à transcrire. Et ces textes sont sans doute un peu longs pour certains élèves.
    A mon avis, les auto dictées ne devraient pas dépasser une ou deux lignes et avoir directement un objectif orthographique évident, lexical, grammatical ou verbal.
    Cordialement

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    1. charivari (Auteur de l'article)

      L’échelle Dubois Buyse n’indique PAS DU TOUT les mots à faire étudier aux élèves. Je sais qu’elle est détournée pour cela dans de nombreuses classes (yc la mienne il y a quelques années) parce qu’on n’a pas forcément de meilleur outil à se mettre sous la dent si on cherche des listes de mots, mais ce n’est absolument pas pour cela qu’elle a été créée.
      Regarde la position du mot longtemps, par exemple…(échelon 28 !) Vas-tu t’interdire de demander à tes élèves de mémoriser l’orthographe de ce mot ultra courant sous prétexte qu’il n’est positionné qu’au collège dans l’échelle ? Certainement pas.
      Mon objectif, dans les autodictées est aussi, comme je l’ai expliqué, de muscler leur mémoire et de leur apprendre à mémoriser l’écrit. Avoir de la mémoire, en être conscient, et savoir apprendre, c’est essentiel pour un élève. C’est cela que je travaille avant tout, en donnant des autodictées à apprendre. Je prépare une série « Hommes et femmes célèbres » dans laquelle les élèves devront mémoriser l’orthographe des noms des personnages, qui ne sont, évidemment, pas du tout dans l’échelle DB : il faut que les élèves se dotent de stratégies pour mémoriser l’orthographe des noms propres. Ce type d’exercice les y aide.
      Au collège, quand il faudra qu’ils sachent restituer une leçon par écrit, ils ne pourront pas dire au professeur « je n’ai pas mémorisé l’orthographe parce que ce n’était pas dans l’échelle Dubois Buyse ».

  5. Jean Ferrer

    Bonjour

    Comme ils le disent souvent à la télé en se passant la parole Absolument Charivari, tu as parfaitement raison au sujet de l’Echelle DB qui contient parfois de petites « erreurs » comme tu le soulignes pour « longtemps » 

    Il existe beaucoup d’autres bases mais pour le moment, avec EOLE, elle seule essaie de déterminer les mots qui devraient être bien orthographiés et à 75 % par des apprentis scripteurs et pour un niveau donné.

    Effectivement en 6° ce mot serait bien orthographie par 75% des collégiens. A vérifier.
    Pour l’avoir vérifié, la graphie correcte de ce mot est plus aléatoire dans les classes de CM à l’école primaire..

    Bien sûr, cela ne veut pas, du tout, dire qu’il faille attendre le collège pour écrire ce mot. Et tant d’autres qui ne sont pas dans une base qui date des années 70.

    Je disais simplement que tes textes sont intéressants. Ils visent à muscler la mémoire et à enrichir les élèves. Si l’on vise aussi , et en même temps, comme dirait l’autre, l’apprentissage de l’orthographe , il vaudrait, peut-être, mieux viser directement l’orthographe, qui est comme le dit Sainte Beuve le début de la littérature. Donc tes deux objectifs, culture et orthographe ne sont pas incompatibles. Au contraire.
    Et l’on attend tes textes sur les noms des Grands hommes et des Grandes femmes…
    Merci à toi

    Répondre
  6. Gwen

    Bonjour,
    Je trouve cette approche très intéressante! Etant jeune enseignante je suis un peu perdue parmi toutes les « sortes » de dictées et j’aurais simplement une petite question : ce sont les seules dictées que vous faites en classe, ou vous les accompagnez de dictées plus « classiques » pour lesquelles les élèves n’apprennent pas le texte à l’avance?
    Merci beaucoup pour tout ce que vous partagez, votre blog est une véritable mine d’or!

    Répondre
    1. charivari (Auteur de l'article)

      Ouh la non, ce ne sont pas les seules du tout (là, pour le coup, ce serait vraiment insuffisant).
      Je fais une dictée tous les jours (cela fait des années que c’est la consigne nationale officielle, d’ailleurs, cette dictée quotidienne). Une fois par semaine, c’est une dictée « longue », d’un paragraphe classique (non préparé : les élèves n’ont jamais le texte à l’avance). Les quatre autres jours de la semaine, je dicte une ou deux phrases (entre 1 à 3 lignes de cahier) pour une « dictée flash » qui prépare aux difficultés de la dictée du vendredi. Cette dictée quotidienne est donc très courte, mais je consacre au moins 15-20 minutes à sa correction pour analyser toutes les règles et tous les accords en jeu avec la classe.

      Pour cette dictée quotidienne, il m’arrive de faire des « dictées négociées » (où les élèves travaillent par deux, doivent se mettre d’accord sur leur dictée et doivent être capables de justifier chacun de leurs accords), ou des dictées « frigo » : là les élèves font leur dictée sur leur cahier d’essai puis rangent le cahier dans leur casier. Puis, on corrige la dictée collectivement mais les élèves n’ont pas le droit de sortir leur cahier du casier. Plsu tard dans la journée, ils reprennent leur cahier d’essai, corrigent leurs erreurs en fonction de la correction faite en classe (de mémoire) et recopient le texte qu’ils estiment corrigé sur leur cahier du jour.

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