La question circule tous les ans sur nos réseaux sociaux. Est-ce possible ou pas de fêter Noël dans nos écoles publiques, donc laïques ? Installer un sapin dans l’école ? Chanter des chants de Noël à la chorale ? Organiser un marché de Noël ? Je suis « au taquet » sur la question parce que j’ai des parents très… ahem… pointilleux sur le sujet « laïcité » dans mon école.

Donc j’ai cherché les textes et voici ce que j’ai trouvé sur Eduscol dans la fiche 16 du Vademecum laïcité (clic) :

Lorsqu’un établissement public d’enseignement souhaite célébrer une fête sécularisée, comme par exemple la fête de Noël, il est nécessaire de s’assurer que la manifestation ne s’accompagne, sauf circonstances particulières, de l’installation d’aucun signe ou emblème à caractère religieux et, ainsi, n’exprime pas la reconnaissance d’un culte ni ne marque une préférence religieuse.

Source : Vademecum Laïcité – Fiche n°16 – Eduscol

Fête sécularisée ? Kesaco ?

Le Larousse définit la sécularisation comme le passage du domaine du sacré dans le domaine du profane, ou comme le retour à la vie laïque.

Une fête sécularisée, c’est une fête qui est redevenue laïque.

Donc on peut fêter Noël à l’école ?

Oui, on peut, mais sans les symboles religieux.

Noël, comme Pâques, sont des fêtes sécularisées. On peut donc les fêter de manière laïque. Concrètement, pour Noël, on peut :

  • installer un sapin (Le Vademecum précise :  » Le sapin, symbole d’une fête largement laïcisée, peut être installé à condition qu’il ne revête aucun caractère cultuel dans sa présentation ou dans sa décoration. »)
  • parler des cadeaux, de la fête de famille…
  • faire venir un père Noël,
  • faire fabriquer des cartes ou des petits cadeaux,
  • lire et/ou étudier la plupart des contes de Noël,
  • chanter le Petit Renne au Nez Rouge, vive le vent, Noël blanc, Petit garçon (…)

Mais on ne peut pas, dans les écoles publiques :

  • Évoquer ou représenter Jésus, Marie, Joseph, la crèche, l’âne et le boeuf…
  • Chanter des chants religieux (Il est né le divin enfant, entre le boeuf et l’âne gris, Minuit chrétiens…) ni les chants profanes qui racontent la naissance de Jésus (la Belle Histoire d’Henri Dès ou Bonjour Madame Marie d’Anne Sylvestre…)
  • Ajouter des anges sur le sapin…

Pour vous rassurer tout à fait, songez que les municipalités sont soumises aux mêmes exigences de neutralité que nous : elles n’ont pas le droit d’installer de crèche, par exemple (même si cela fait débat dans les régions d’origine des santons de Provence) mais quasi toutes illuminent les rues, installent des sapins, voire font circuler des Père Noël.

Bref, on peut se détendre… (et, si on a à répondre à un parent ch… ahem… pointilleux, on cite, en souriant, la formule magique « fête sécularisée », et, au besoin, on imprime le texte).

Aviez-vous réalisé… ?

Curieusement, autant certains maitres font des pieds et des mains pour éviter Noël, autant peu d’entre eux se questionnent sur la galette des rois (qui est pourtant une tradition bien chrétienne : La galette étant traditionnellement mangée à l’épiphanie, laquelle est la fête des 3 rois mages venus adorer Jésus nouveau né), ou le carnaval (grande fête avant le Carême, période de 40 jours de jeûne qui précède la fête de Pâques).
Que tout cela ne nous empêche pas de partager une galette en janvier ni de nous déguiser… entre février et mai !

Alors, pour Noël, on fait quoi cette année ?

Quelques idées, ici (clic)


charivari

Professeur des écoles (directrice d'école) en Sologne

15 commentaires

Linda14100 · 24 novembre 2019 à 12 h 55 min

Ah ah très intéressant du coup galette ou pas galette à l’école?

    charivari · 24 novembre 2019 à 14 h 49 min

    Je ne sais pas qui décide qu’une fête est « officiellement » sécularisée ou non (est-ce officiel ?).
    Si j’utilise mon « bon sens », je me dis que les gens qui achètent leur galette chez le boulanger n’en font pas un acte de foi. Pour moi, l’Epiphanie est « encore plus » sécularisée que Noël. Donc je dirais galette, sans hésiter, mais sans s’étendre sur Melchior, Balthazar et Gaspard qui apporte l’encens et la myrrhe au petit Jésus.

sylvie anglais · 24 novembre 2019 à 13 h 39 min

merci tu es au top et tu réponds parfaitement à ma question !!

    Jean-Noël · 24 novembre 2019 à 20 h 34 min

    Merci pour cet article clair et la formule magique « fête sécularisée » ! 😃 Ça pose un peu les choses et évite les faux débats trop nombreux dans nos écoles.
    Et peut-on alors faire venir un père noël en maternelle?

    charivari · 24 novembre 2019 à 20 h 53 min

    Bien sûr que oui !

    Lou · 27 novembre 2019 à 10 h 19 min

    Merci pour votre article.
    Et cette formule « fête sécularisée » va en faire taire plus d’un.
    À nous la joie de Noël, ses santons, ses anges et chants religieux 😄😄😄 je blague…
    Au moins nous allons être plus sereins face à certaines polémiques. Encore merci.
    Bonnes fêtes de Noël à vous Charivari 🌲🎅

Mims67 · 24 novembre 2019 à 16 h 23 min

Aaaah, la laïcité !
Ici, en Alsace, on a encore une heure de religion (facultative) par semaine… alors perso, si on me parle de laïcité à l’école, je dis « ok, quand on sera tous sous le même régime »
Après, en maternelle notamment, ce serait dommage de se priver de ces fêtes, prétextes à bien des activités et apprentissages… non ?

    charivari · 24 novembre 2019 à 18 h 16 min

    Justement, il n’est pas question de s’en priver.
    On évite seulement les symboles religieux, les anges, l’âne et le boeuf, Jésus-Marie-Joseph, tout ça…

Pichette · 25 novembre 2019 à 5 h 35 min

Bonjour, merci pour cet article.
Bientôt dans notre école, nous aurons la visite du Saint Nicolas et du Père Fouettard…. A la base,Il s’agit bien d’un évêque mais c’est tellement entré dans les us et coutumes que je me demande si l’on se rend bien compte de ce détail. En tous les cas, personne n’a jamais protesté contre sa venue.

AUDUC · 27 novembre 2019 à 9 h 41 min

La galette des rois n’est absolument pas d’origine chrétienne.
Tacite écrit que, dans les fêtes consacrées à Saturne, il était d’usage de tirer au sort la royauté.

La galette des rois tire son origine des Saturnales (fêtes romaines situées entre la fin du mois de décembre et le commencement de celui de janvier), durant lesquelles les Romains désignaient un esclave comme « roi d’un jour »3. Ces fêtes Saturnales favorisaient en effet l’inversion des rôles afin de déjouer les jours néfastes de Saturne, divinité chthonienne. Au cours du banquet (au début ou à la fin des Saturnales, selon les différentes époques de la Rome antique) au sein de chaque grande familia, les Romains utilisaient la fève d’un gâteau comme pour tirer au sort le « Saturnalicius princeps » (Prince des Saturnales ou du désordre)4. Le « roi d’un jour » disposait du pouvoir d’exaucer tous ses désirs pendant la journée (comme donner des ordres à son maître) avant d’être mis à mort, ou plus probablement de retourner à sa vie servile. Cela permettait de resserrer les affections domestiques.

Pour assurer la distribution aléatoire des parts de galette, il était de coutume que le plus jeune se place sous la table et nomme le bénéficiaire de la part qui était désignée par la personne chargée du service des rois . Le gâteau, coupé en autant de parts qu’il y a de conviés, on met un petit enfant sous la table, lequel le maître interroge sous le nom de Phébé (Phœbus ou Apollon),symbole du SOLEIL qui renaissait à cette période. comme si ce fût un qui, en l’innocence de son âge, représentât un oracle d’Apollon. Au début du XXe siècle, en Normandie, au moment de la galette des rois, on continuait à se l’échanger en déclarant « une part pour Phébé ». Jean-Louis AUDUC

    charivari · 27 novembre 2019 à 13 h 12 min

    Merci pour cette leçon. Si on remonte aux origines des fêtes dans l’Antiquité, ni Noël ni Pâques ne sont, non plus, d’origine chrétienne. Toutes ces fêtes ont une origine plus anciennes que l’ère chrétienne. L’Epiphanie ne fait pas exception.

Aliénor · 27 novembre 2019 à 15 h 49 min

extrait :
« L’enseignement laïque des faits religieux dans le cadre d’une éducation à la laïcité : la laïcité, comme les faits religieux, font l’objet d’un enseignement transdisciplinaire. Il n’existe donc pas de discipline, de programme ou d’horaires dédiés à ces deux enseignements qui traversent les programmes scolaires des cycles 2 et 3.
La laïcité et les faits religieux s’inscrivent donc dans le cadre de plusieurs disciplines, en particulier, mais pas seulement : l’enseignement moral et civique, l’histoire, la géographie, le français, et l’histoire des arts. »

coco · 27 novembre 2019 à 18 h 52 min

l’epiphanie est une fete religieuse (je suis dans une ecole catholique ) par contre la galette peut etre non religieux si on prend la bonne histoire (pas les rois mages) :

Si la fête de l’Épiphanie est célébrée dans tous les pays catholiques, la tradition de la galette des rois, elle, est bien française ! Elle remonte au 13e siècle et a été inventée par l’Église. Les familles avaient pour habitude de couper une part de plus que le nombre d’invités et de l’offrir au premier pauvre qui passait.
La fève de la galette des rois viendrait de l’Antiquité. À cette époque, au début de janvier, des grandes fêtes étaient données en l’honneur de Saturne : on les appelait les Saturnales. Lors des cérémonies, un roi était tiré au sort parmi les esclaves ou les prisonniers. Le roi était celui qui trouvait la fève dans un gâteau. Il s’agissait alors d’une vraie fève, une sorte de haricot blanc.

pour le mardi gras … c’est faire gras avant le careme mais je sais aussi que dans le nord on brule un pantin (monsieur hiver si mes souvenirs sont bons mais il y a longtemps) qui symbolise la fin de l’hiver et donc c’est la fete et nous etions deguisés pour feter le debut du printemps.
je ne sais pas si cela vous sera utile

    charivari · 28 novembre 2019 à 8 h 42 min

    Bonjour,
    cf commentaire au-dessus, la tradition du partage de la galette remonte à l’Antiquité, comme la plupart de nos fêtes dites « religieuses » aujourd’hui.

Leni la Maitresseuh · 27 novembre 2019 à 18 h 57 min

La question se posait justement en ce moment à l’école. 1000 mercis donc 😉

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