• J'ai testé pour vous l'EPCC en Segpa

    L'année dernière, j'avais des Segpas, à mi-temps, en Zep/Eclair. J'enseignais les maths à des 4ème, et l'Histoire-géo à des 6ème/5ème. A cette occasion, j'ai expérimenté l’Évaluation par Contrat de Confiance. Compte-rendu d'expérience.

    Qu'est-ce que l'EPCC ?

    C'est un dispositif d'évaluation inventé et promu par André Antibi, qui se déroule, grosso-modo, de la manière suivante :

    J1 : 2 séances avant l'évaluation, on distribue le sujet de l'évaluation aux élèves. On les invite à le préparer à la maison.

    J2 : A la séance suivante, on invite les élèves à poser toutes leurs questions sur cette éval : c'est l'occasion d'éclaircir des points restés obscurs, de refaire quelques exercices...

    J3 : Enfin, vient la séance d'évaluation (où on donne exactement le même sujet que celui qui a été préparé)

    Pour en savoir plus, lire ici.

    Pourquoi l'EPCC ?

    J'ai voulu mettre en place l'EPCC dans mes classes pour :

    1. restaurer la confiance dans l'enseignant. Avec l'EPCC, le prof est là pour aider, pour expliquer, pour faire réussir. Il n'est pas là pour piéger.
    2. réparer le lien travail-réussite. Avec l'EPCC, si on travaille, on réussit. Or, ce lien travail-réussite est vraiment abîmé chez des élèves de Segpa.

     

    Journal d'expérimentation

    1. En Histoire-Géo (6e-5e)

    J'ai transformé un petit peu le dispositif de la manière suivante :

    A la fin de chaque cours, nous écrivions "Les questions auxquelles il faut savoir répondre". Nous écrivions donc ensemble le texte de ce que serait l'évaluation (avec les critères de réussites). Pour les questions qui appelaient une réponse rédigée, nous écrivions aussi les mots clefs attendus dans la réponse (ci-dessous, un extrait de ce que ça pouvait donner. Je me photographiais tous mes tableaux pour être sure de poser exactement les questions prévues).

    J'ai testé pour vous l'EPCC en Segpa

    A chaque cours, j'interrogeais à l'oral les élèves sur ces questions (pour vérifier qu'ils avaient appris leur leçon). Au début des cours de deux heures, j'organisais chaque semaine un jeu en équipe d'un quart d'heure dans lequel je posais des questions sur toutes les leçons apprises depuis le début de l'année (toujours piochées parmi les questions préparées ensemble). 

    Le jour de l'évaluation, je reprenais, mot pour mot, les questions que nous avions préparées ensemble (mais seulement un échantillon des questions préparées, bien sûr. Les élèves ne savaient pas quelles questions je poserais parmi toutes celles qui avaient été préparées.)

    Bilan : Le bilan est extrêmement positif. Non seulement mes élèves apprenaient leurs leçons, mais ils avaient, en fin d'année, des connaissances durables sur tout ce que nous avions étudié ensemble (sans doute grâce au rebrassage hebdomadaire).

     

    2. En maths en 4ème

    Octobre : premier essai.

    J'explique le fonctionnement de l'EPCC aux élèves, je distribue le texte de l'éval en J1. J'invite les élèves à le préparer pour J2 où je répondrais aux questions. En J2, aucun élève n'avait préparé. J'entreprends donc de faire avec eux la correction de cette éval. J3 : fiasco. 

    J'essaie de comprendre ce qu'il s'est passé : les élèves ont été tout étonnés quand j'ai distribué l'éval. "Oh, mais, on l'a déjà fait ça ?!". Je réalise qu'ils ne m'avaient jamais crue quand j'avais dit que je donnerais exactement la même éval que ce que nous avions préparé en classe.

    Je décide donc de persévérer pour que les élèves comprennent le principe, comprennent qu'il "suffit" de savoir refaire les exercices de préparation, pour réussir.

    Novembre : deuxième essai

    Encore une fois, en J2, pas un élève n'avait préparé l'éval. Nous recommençons le même processus, correction, explication. En J3, éval. Aucune amélioration.

    Là, je réalise que les élèves notent très mal la correction des exercices. Ils gribouillent, perdent leurs feuilles, se perdent dans leur classeur (ce n'est pas moi qui ai choisi le support "classeur").

    Décembre : troisième essai

    Là, je ne leur demande plus de préparer l'éval à la maison entre J1 et J2. Je la distribue en J1 et nous la préparons ensemble en J1 et J2. Je prends le temps de leur faire faire les exercices en classe, de repérer ceux qui ont encore du mal, de faire des groupes, d'encourager le tutorat... 

    Nouveauté : en J2, je leur distribue la correction de l'éval. C'est une feuille que j'ai préparée moi-même, toute belle toute propre. Ils peuvent donc s'entrainer à la maison, et vérifier leurs résultats sur une correction fiable, bien expliquée.

    Résultat : enfin un frémissement. Enfin de vrais progrès chez environ un tiers des élèves, qui commencent à "se prendre au jeu". J'obtiens quelques "ah, c'est simple, en fait !" qui me réjouissent.

    Janvier à mars : de légers progrès

    Je ne change rien au dispositif de décembre. L'écart se creuse entre une petite moitié de la classe qui décolle, qui prend confiance, qui devient active en classe, et le reste. Le travail à la maison n'est toujours pas folichon, mais l'éval est finalement préparée surtout en classe et, pour les élèves qui jouent le jeu, le résultat est là.

    Je ne me satisfais pas de l'inertie de la grosse-moitié qui ne met pas en mouvement. J'en discute avec une copine maitre-formatrice qui me conseille de moins "assister" les élèves avec la feuille de correction toute-belle. Nous en discutons et convenons d'un nouvel essai : désormais, je ne distribuerai plus la correction de l'éval à tous les élèves, je ne ferai que la proposer.

    Avril-mai : fin du test

    Une partie des élèves a progressé. Rien que pour cette partie-là, je suis contente d'avoir mené cette expérimentation.

    Désormais, je prépare la feuille de correction de l'éval, je la photocopie et je la pose en fond de classe. En J2, je dis aux élèves que la correction est là, et qu'avant de sortir, ils peuvent la prendre pour finir de préparer l'évaluation.

    Un certain nombre d'élèves la prennent. Environ les 2/3 de la classe. Pour le tiers restant, je reste un peu dépitée. 

    Je laisse le mot de la fin à Romain* :

    - Romain, tu ne prends pas la correction de l'évaluation pour la préparer pour jeudi ?
    - mmm non, j'aime pas vot' truc, avec les évals, là.
    - ah ?
    - mmmm... non
    - pourquoi ?
    - pas'que ça se voit trop que j'bosse pas.

    (*) Le prénom a été changé

     

     

     

     

    « Une nouveauté à tester : le sprint connaissancesMon nouveau pingouin grâce à Mathilde »
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  • Commentaires

    1
    Mayleb
    Dimanche 12 Avril 2015 à 11:26

    Le façon de travailler en histoire est intéressante.

    2
    Gotta
    Dimanche 12 Avril 2015 à 11:36
    J'aime beaucoup l'idée que le prof est leu côté de l'élève, pas contre lui, pas pour le piéger. Je me dis que pour les classes ´ normales ´ on pourrait appliquer ça aux éleves en difficulté.
    3
    Pinpi
    Dimanche 12 Avril 2015 à 12:14

    J'ai appliqué la même méthode dans ma classe de cycle 3 en histoire cette année, ça marche très bien, alors qu'avant ils vivaient ces évaluations comme des pièges et pour les enfants qui avaient du mal à rédiger c'était une galère. Je pense continuer, car c'est un plaisir pour eux et pour moi, on se fait ainsi confiance mutuelle. Cela devrait être institutionnalisé dans l'EN, j'espère qu'ils ont tenu compte lors de leurs débats sur l'évaluation...

    Pour le cas de "Romain" et les autres je me dis que le système est peut-être arrivé un peu tard, vu qu'ils sont déjà en 4e, mais il a pu bénéficier à 2/3 de la classe et c'est cela qu'il faut retenir. Pour les autres, il y a certainement d'autres priorités dans leurs vies qui les ont empêchaient de l'accepter.

    Merci beaucoup de ton partage.

    4
    ASLL974
    Dimanche 12 Avril 2015 à 12:17

    Malheureusement j'ai des PS en ce moment mais je m'en vais souffler très fort votre lien vers mes collègues ... de cycle 3. Bravo ! Moi ça me donnerait envie d'y aller! Merci.

     

    5
    cocogirl
    Dimanche 12 Avril 2015 à 13:57

    Pour moi qui travaille en Ulis depuis un certain temps, c'est vraiment concluant même si j'adapte la demande à leurs possibilités. Ce qui est intéressant c'est que les élèves constatent qu'ils sont capables d'arriver à un résultat positif...donc ils ne sont plus dans l'échec qui les stigmatisent depuis pas mal de temps. Mes élèves aiment car ils sont vraiment acteurs de leur savoir....et du coup, on est très positif et on arrive à leur faire reprendre confiance....


    J'ai participé à une formation avec M. Antibi avec beaucoup d'autres collègues du collège qui semblaient satisfaits mais qui n'ont pas mis en pratique....et c'est bien dommage.

    6
    cocogirl
    Dimanche 12 Avril 2015 à 13:57

    C'est A Antibi et non M...désolée...

    7
    Daniele
    Dimanche 12 Avril 2015 à 14:06

    Merci de nous faire découvrir cette méthode d'évaluation que l'on pratique parfois (sans le savoir !) déjà dans nos classes mais pas de façon systématique et moins formelle.


    Si en histoire, je comprends bien le fonctionnement  à l'aide des questions auxquelles on doit savoir répondre, j'ai plus de mal  avec cette méthode appliquée au maths .


    Peut- être parce ce que c'est en 4 ième....et que je ne sais pas trop quel genre d'évaluation on propose à ce niveau...Parce que aussi en maths , si l'on connaît le résultat d'avance , il me semble que la réflexion est tronquée...

    8
    Dimanche 12 Avril 2015 à 17:29

    Pour les maths, l'application en primaire impose quelques aménagements. Si je leur demande de réviser les tables, je ne vais pas leur dire à l'avance quels calculs je vais leur poser, sinon ils n'apprendront que ceux-là.

    sarcastic

    Mais pour tous les exercices qui réclament un raisonnement, de la rédaction, de la construction géométrique, l'EPCC est applicable telle quelle... 

    9
    Daniele
    Dimanche 12 Avril 2015 à 19:05

    ok, je comprends mieux, merci pour le retour   yes

    10
    Lalie69
    Lundi 13 Avril 2015 à 09:53

    Merci Charivari pour cette belle expérience que tu nous fais partager ! J'aime aussi le rebrassage des questions tout au long de l'année. Merci de nous faire réfléchir à l'amélioration de nos pratiques et de nous montrer que c'est possible !

    11
    Timis
    Mardi 14 Avril 2015 à 00:34

    Très intéressant comme réflexion, comme toujours ! 

    Je le fais aussi en histoire géo sciences mais je trouve que ça marche très peu. En fait ça marche pour ceux qui ont des parents derrière et dont les parents jouent le jeu. La plupart de mes élèves s'en fichent pas mal d'apprendre leur leçon et si ne pas apprendre une leçon ça entraîne une mauvaise "note" ben ils choisissent la mauvaise note (pourtant "que" des CM).

    Bref, toujours est-il que je continue à ne pas bien voir l'application en français / maths. 
    Par exemple ne pas dire les tables ok. Mais pour le raisonnement : évaluation de problème. Si on leur a donné le problème avant, ça joue plus sur la mémoire que sur l'acquisition d'une compétence.

    Idem pour le français : évaluation sur les accords dans le GN, si on donne l'exercice avant, l'élève qui va réussir va-t-il savoir faire les accords ou a-t-il fait travaillé sa mémoire ?

     

    Je trouve ça super intéressant sur le "papier" mais je ne sais pas si je passerai le cap... Pour certaines disciplines et notions pourquoi pas, mais je ne pense pas pouvoir le généraliser. Et encore une fois, l'autre jour, on travaille ensemble sur ce qu'il faut savoir pour l'évaluation d'histoire, on le note, je fais surligner les deux dates à apprendre (pas la mort pourtant je pense surtout que largement répétées en classe) conclusion 1/5 de ma classe seulement a répondu juste à des questions simples sur ces deux dates.... Je ne vois pas ce que je peux faire de mieux...

    12
    clary29
    Mercredi 15 Avril 2015 à 12:41

    en ce qui me concerne, en HG et SVT avec les 6ème: on prépare l'évaluation en classe à j-1, et ils emmènent la préparation chez eux, pour pouvoir la reprendre le soir.  Chez les 5èmes (mêmes matières + physique chimie): même démarche, mais ils n'ont plus la préparation à la maison, pour faire un effort d’attention en cours. Par contre, ils notent dans leur classeur les parties à travailler plus particulièrement. 

    Alors oui, il y a toujours les réfractaires qui ne comprennent pas l'intérêt et ne veulent pas travailler, mais même ceux-là peuvent avoir une petite réussite, s'ils ont écouté!

    Et pour ceux qui ont vraiment raté, je propose de refaire une deuxième fois après correction...

    Rares sont ceux qui refusent... 

    13
    So-So
    Mercredi 15 Avril 2015 à 17:09

    Oui le nouveau lutin est super. Je vais explorer ton blog qui est agréable aussi.

    14
    Sofiso
    Mercredi 15 Avril 2015 à 19:39

    Super sympa comme principe, j'adhère énormément.

    Merci pour tout ton boulot

    15
    Coralie
    Jeudi 16 Avril 2015 à 22:59

    Je trouve ce procédé très bien pour l'histoire, la géographie et les sciences, car ce sont des connaissances à apprendre ce qui sollicite la mémoire. Par contre pour maths et français je ne peux pas m'empêcher de penser que l'évaluation de préparation et l'évaluation finale ne doivent pas présenter des exercices identiques car entrent en jeu des compétences et savoirs-faire. De ce fait je me vois plutôt apporter une évaluation type pour l'évaluation de préparation puis l'évaluation finale en ayant changé les nombres en maths ou les mots en français par exemple. Qu'en penses-tu ?

    16
    lerak
    Lundi 20 Avril 2015 à 15:41

    Je vais m'inspirer de cela pour faire une feuille type d'évaluation (pas la même exactement car peur du "j'apprends par coeur et je réécris sans réfléchir") mais en donnant des exercices types...


    Du type je dois savoir conjuguer les verbes au présent et présenter des exercices avec pronoms/groupes nominaux etc pour que chacun se prépare comme il faut =) J'appellerai cela des "fiches de préparation aux évaluations" et je vais essayer d'en donner une à chaque fois avec au moins 1jour entre jour de distribution et jour d'évaluation pour qu'ils puissent poser leurs questions!

    17
    jlamouche
    Jeudi 23 Avril 2015 à 23:14
    Pour les remarques sur les élèves qui apprennent par coeur la solution plutôt que le moyen d'y arriver, j'utilise plusieurs évaluation différentes.

    D'abord conçues pour éviter la copie sur le voisin, elle permet également de rendre l'apprentissage par coeur de la règle et des exceptions plus intéressantes en terme de résultat que l'apprentissage des réponses de toutes les évaluations.

    C'est facile à mettre en place : séance 1 découverte de la règle et des exceptions et une évaluation donnée comme exercice.
    Séance 2 correction individuelle de l'évaluation de la séance précédente et évaluation suivante.
    Séance 3 : idem que séance 2
    Séance 4 : 1 des 3 évaluation déjà faite au hasard. Celle-ci compte comme évaluation finale.

    Ça a l'air de bien marcher avec les règles simples et leurs exceptions (je l'utilise systématiquement en conjugaison et calcul mental).

    J'ajoute que les élèves ont la leçon sous les yeux les yeux les 3 séances (même si la règle est à apprendre par coeur pour les séances 2 et 3).

    J'aime bien l'idée de la correction/leçon en libre service. C'est psychologiquement très intéressant, je suis sûr que ce détail permet de "récupérer" quelques élèves.
    18
    Zavata
    Mercredi 29 Avril 2015 à 10:27

    Plusieurs choses me chiffonnent dans cette méthode d'évaluation : d'abord, est-ce qu'on ne dupe pas les élèves en leur faisant croire qu'ils auront toujours les questions AVANT les évaluations et que c'est ça qui leur permet de réussir ? S'ils réussissent, est-ce que ce n'est pas tout simplement parce qu'ils se sont enfin décidé à apprendre leurs leçons, ou même tout simplement à travailler ? Au moment des examens officiels (brevet, CAP ou BAC) ils n'auront pas les questions AVANT les épreuves. Alors, que se passera-t-il ? Ce qui m'interroge vraiment, c'est le fonds du problème : pourquoi des élèves pensent que des enseignants cherchent à les "piéger" ? Ce terme me dérange profondément car il donne une image des enseignants peu reluisante et fausse pour l'immense majorité d'entre nous. Si la réussite de nos élèves ne tient qu'à un problème de confiance entre l'enseignant et l'élève (et j'ai des doutes à ce sujet), n'y a-t-il pas un autre moyen de restaurer cette confiance ? Est-ce que le problème fondamental n'est pas plutôt une perte de confiance de l'élève lui-même dans ses propres capacités (Qui n'a jamais entendu un élève dire : "Je suis nul(le), j'y arriverai jamais " donc il/elle n'essaie même plus !) ? Quand je rencontre des élèves qui sont bloqués à ce point-là, je préfère donner des exercices d'entrainement très faciles (voire inférieures au niveau de classe) pour leur démontrer que si, il y a des choses qu'ils savent faire ou alors utiliser le tutorat entre élèves. Et pour les évals, me direz-vous ? Et bien, je donne les mêmes à tout le monde sans bachotage par souci d'équité entre les élèves et par souci de transparence vis-à-vis des parents. Oui, mais alors quid des élèves en difficulté ? Et bien, je corrige mais parfois je ne note pas car une accumulation de mauvaises notes ruinerait tous les efforts mis en place par ailleurs pour restaurer cette confiance. Je préfère mettre un commentaire encourageant. Restaurer la confiance d'un élève en ses propres capacités prend énormément de temps et d'énergie, mais recourir au bachotage ne me parait pas la meilleure solution pour arriver à cette fin. Une réflexion sur la notation ou l'absence de notation d'ailleurs, me parait plus propice.

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