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Foire aux questions
Q1) Tu demandes aux professeurs d’écrire aux éditeurs de manuels. Pourquoi ?
Parce que les éditeurs de manuels n’appliquent pas la nouvelle orthographe alors que les programmes de l’école nous demandent de l’enseigner. Pour nous, professeurs des écoles, ce n’est pas pratique d’enseigner quelque chose qui n’est pas dans les manuels.
Q2) C'est vraiment obligatoire de l'enseigner ?
Les profs sont les seuls français qui n'ont "pas le choix". Les Instructions Officielles de l'école nous demandent d'adopter la nouvelle orthographe comme "référence" (voir dans la marge de la p 37 du Bulletin Officiel d'avril 2008). Ceux du collège, dans la page 2 du BO, demandent aussi aux professeurs de tenir compte des rectifications dans l'enseignement.
Q3) Mais cette nouvelle orthographe n’est pas encore très répandue, si ?
Les grands dictionnaires, comme le Nouveau Littré, le Hachette ou le Petit Larousse, dans leurs éditions récentes, tiennent maintenant compte de la nouvelle orthographe. Beaucoup de dictionnaires destinés aux écoliers sont à jour (ex. : Larousse Junior, Hachette Junior), ainsi que tous les grands correcteurs orthographiques des ordinateurs. On ne peut plus dire qu'elle n'est "pas du tout appliquée".
Q4) Oui, mais dans la Presse, dans les romans, elle n’est pas encore très utilisée.
Pas beaucoup, mais cela vient. Sur le site www.nouvelleorthographe.info, menu 13, on peut voir 150 titres de livres écrits conformément à l'orthographe rectifiée.
Ceci dit, il est normal que les adultes ne l’utilisent pas : on ne le leur demande même pas ! (Les deux orthographes restent acceptées.) Si le Ministère de l’Education Nationale l’a introduite dans ses programmes, c’est parce que c’est par les enfants qu’elle pourra se diffuser.
Que veux-tu dire ?
Les enfants vont l’apprendre. Ils grandiront et, dans dix ou quinze ans, ils écriront comme ils l’ont appris. C’est comme cela que les réformes précédentes se sont diffusées, peu à peu. Cela a toujours été long.
Q5) Les réformes précédentes ?
Oui, aujourd’hui, on n’écrit pas comme à l’époque de Jean de La Fontaine et l’évolution s’est produite par paliers, grâce à une poignée de réformes proposées par l’Académie française (et non pas juste par « l’usage », comme je le croyais).
Par exemple, le mot enfants, au XVIIe siècle, s’écrivait enfans au pluriel (sans t). Le t a été remis au pluriel par l’Académie en 1835 pour remettre de la cohérence dans la famille du mot un enfant, des enfants (comme enfanter, enfantillage…).
Un autre exemple, le verbe voir s’écrivait veoir. Le e a été supprimé par l’Académie parce qu’il ne se prononçait pas.
Enfin, Jean de la Fontaine écrivait "Se trouva fort dépourveuë / Quand la Bize fut venuë.". Beaucoup d'accents et de tréma ont disparu depuis cette date.
Si aujourd’hui on écrit voir, venue et enfants, par exemple, c’est parce que les éditeurs et les enseignants ont joué le jeu et accepté de changer leurs habitudes. Il y a toujours une catégorie de gens qui doit accepter de ne pas faire « comme ils ont appris », au moment d’une réforme.
Aujourd’hui, les petites rectifications proposées par l’Académie française relèvent exactement du même esprit : asseoir s’écrira assoir (comme jadis on a changé veoir en voir), chariot s’écrira charriot, avec 2 r, comme les mots de sa famille (charrette, charrue…). L’objectif est toujours le même que dans les siècles passés : rétablir des familles de mots, supprimer des lettres inutiles, créer des règles plus cohérentes.
En acceptant ces rectifications, on ne trahit pas nos Anciens, au contraire : on poursuit leur travail.
Q6) Mmmoui, mais j'ai entendu dire à la télé que l'Académie française avait accepté cette réforme "du bout des lèvres"...
L'Académie française a approuvé à l'unanimité les propositions de simplification ; son secrétaire perpétuel présidait le groupe d'experts qui les a élaborées. Dans la 9e édition de son Dictionnaire, en cours, elle mentionne systématiquement les nouvelles formes, en leur donnant souvent préférence.
Q7) On a quand même l’impression qu'il s'agit de « niveler par le bas », comme si on voulait régulariser les fautes des élèves.
Ce n’est pas du tout le cas. D’abord ces rectifications sont mineures ! Il y a encore beaucoup d’occasions de faire des erreurs. Mais surtout ces rectifications ne visent pas la simplicité, elles visent l’harmonie.
Prenons l’exemple des mots souffler et boursoufler. Si on avait vraiment cherché à simplifier, on aurait écrit les deux mots avec un seul f.
Au contraire, l’Académie Française demande qu’on écrive désormais deux f à boursouffler, pour que l’on retrouve dans ce mot sa famille de souffler : souffle, soufflet, essoufflé… boursouffler.
Toutes les rectifications relèvent de ce même objectif, tout comme les rectifications des siècles précédents. A ce titre, elles s’inscrivent vraiment dans l’histoire de notre langue. Une langue plus harmonieuse, c’est une langue qui a plus de « tenue », une langue plus belle.
Q8) Même nénufar ?
Oui, même nénufar. Ce mot s’est toujours écrit avec un f jusqu’en 1935 ! A cette date, on s’est trompé en pensant que le mot était de la famille du mot grec nymphéa, alors on a décidé de l’écrire avec ph. Depuis lors on s’est rendu compte de l’erreur. Le mot vient du persan et le ph n’est pas du tout justifié. On réserve la graphie ph aux mots qui viennent du grec (lettre phi). Donc on écrira nénufar, mais on ne touche pas à éléphant ni à philosophie !
Q9) Bon, admettons, mais quand même, l'accent circonflexe sur le î et le û, il rappelait le s ancien, il avait une valeur pour l'histoire de la langue...
C'est vrai que l'accent circonflexe avait souvent pris la place d'un ancien s, mais cette règle n'était même pas constante. Pourquoi coût et pas coûtume (qui vient pourtant de l'ancien français coustume et du latin consuetudo) ? Pourquoi pas moûche (qui vient de musche et musca) ? En nouvelle orthographe, là encore, de tels cas sont harmonisés.
Q9 bis) Et que dire du millepatte ? Sans s ? Pourtant, il en a beaucoup, des pattes...
Le gâteau, le millefeuille, s'est toujours écrit sans s, et pourtant, il a beaucoup de feuilles aussi. Mais il n'y a qu'un seul gâteau.
Pour le millepatte, si on dit qu’il a mille petites pattes, ou cent pattes, ou dix pattes, on met un s à pattes, puisqu’il y en a plusieurs. C’est la règle générale en français. Mais un millepatte, ce n’est pas une patte ou des pattes, c’est un être vivant. Un seul. En français, quand il y en a un, la marque du pluriel n’est pas pertinente. On écrit un tigre, une mouche, un papillon, alors un millepatte (sans s).
Q10) Deux orthographes possibles, cela va quand même perturber les élèves, non ?
Avant ces rectifications, beaucoup de mots avaient deux orthographes possibles sans que les élèves soient traumatisés :
clé/clef, dorade/daurade, pic-vert/pivert, cacahuète/cacahouète, cuillère/cuiller, lys/lis, vermout/vermouth, bizuth/bizut, égrainer/égrener, saouler/soûler, tsigane/tzigane, gaiement/gaîment, aiglefin/églefin, bagou/bagout, baluchon/balluchon, bélouga/béluga, esquimau/eskimo, resto/restau, acuponcture/acupuncture, cleptomane/kleptomane, rhapsodie/rapsodie, ululer/hululer, œstrogène/estrogène ...
Nous sommes nombreux aujourd'hui à enseigner la nouvelle orthographe dans nos classes et cela se passe très bien.
Q11) Mais on ne va pas réécrire les textes des grands auteurs en nouvelle orthographe. Alors les élèves vont devoir jongler de l'un à l'autre, ils vont être perdus...
C'est un argument entendu sur TF1, mais cela ne tient pas la route : quel éditeur publie aujourd'hui les fables de La Fontaine en orthographe du XVIIe siècle ?
La Cigale ayant chanté
Tout l'Esté
Se trouva fort dépourveuë
Quand la Bize fut venuë.
(Non, non, il n'y a pas d'erreur, il s'agit bien de l'édition originale ! Voir ici)Aucun éditeur ! Oui, on peut évidemment publier Victor Hugo en nouvelle orthographe. Les modifications, en plus, seront tellement minimes que peu d'élèves s'en apercevront...
Q12) Elles sont si légères que cela ?
Antoine Fetet (l'auteur de la méthode Cléo, aux Editions RETZ, qui milite pour que ses manuels soient édités en nouvelle orthographe) a compté : Dans son Cléo CE1, qui fait 128 pages, 21 mots seraient touchés s'il fallait rééditer le manuel (et même 18 si on ne tient pas compte des premières pages de présentation générale). Seulement 21 mots sur 128 pages de manuel... C'est dire si la nouvelle orthographe ne "défigure" en rien la langue française. Rien à voir avec le "langage SMS" ou une transcription phonétique, comme on le dit parfois.
Conclusion ?
Nous comptons sur les éditeurs pour qu'ils jouent le jeu. Les programmes de l’école disent «l’orthographe révisée est la référence », alors s’ils publient des manuels qu’ils disent « conformes au programme 2008 », ils doivent se conformer aux nouvelles règles. Certains éditeurs ont déjà commencé : Hatier et Delagrave, par exemple, ont déjà certains titres écrits conformément à l’orthographe rectifiée. Il n’est plus temps de tergiverser.
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