• Découverte : les oralbums

    Avec mes PS-GS j'ai ressorti mon réseau sur "Le loup et les 7 chevreaux" que je fais tous les ans en cycle I ou/et II.

    J'enrichis tous les ans ce réseau et, cette année, j'ai investi dans un Oralbum. Je suis emballée par ce nouveau concept (décliné pour tout plein de contes et albums, cf en bas de l'article).

    Je vous le décris :

    D'abord c'est un album de très grand format (40 cm de large). Il est vraiment fait pour être lu à un groupe.

    Je dis "lu", mais c'est un album qui se situe plutôt dans la tradition orale du conteur. La syntaxe du texte proposé est plus proche de la syntaxe de l'oral que les albums ou contes que nous connaissons habituellement.

    Sur chaque page de droite, une grande illustration occupe toute la page, sans texte. Elle est destinée à être montrée à la classe.

    Le texte, à lire ("à oraliser") par l'enseignant, est imprimé sur la page de gauche, de telle sorte que l'enseignant montre l'image en même temps qu'il raconte (l'album se plie grâce à une spirale).

    Une autre spécificité de cet album : le texte à raconter est présenté en 3 versions. Une pour des PS, une pour des MS et une pour des GS. A chaque fois la syntaxe, le lexique, sont adaptés à l'âge des enfants. Dans ma classe de PS-GS, j'ai raconté la version PS à toute la classe le matin et, pendant la sieste des petits l'après-midi, j'ai relu la version GS à mes grands en début d'après-midi.

    Chaque album est accompagné de son CD, avec les 3 versions de l'histoire

    Chaque peut être complété d'une boite d'images de belle qualité (plastifiées) (clic) qui reprennent les illustrations de l'album et servent à travailler le lexique. Au dos de chaque image, on lit un ou plusieurs mots (par exemple le bazar (PS) - Le désordre (MS-GS)) . Plein d'idées de jeux sont proposées avec cet imagier. On peut improviser un loto tout simple en photocopiant 4 images par élèves (la photocopie sert de planche de jeu, et on pose les images dessus quand elles sont gagnées). J'ai joué au "kim" (on présente 6 images, puis abracadabra, on les recouvre et on masque une image. On dévoile les images et les élèves doivent se souvenir de celle qui est masquée. 

    Ce que j'ai aimé :

    • Je trouve que c'est une manière très originale de démarrer un réseau.
    • Mes élèves étaient captivés.
    • Le concept est destiné à encourager l'oral. Spontanément, en temps libre, les élèves "jouent à la maitresse" et se racontent l'histoire entre eux. Retz vend même des minis oralbums qui sont faits pour cet usage : pour que les élèves jouent à se raconter les histoires les uns aux autres (ils peuvent aussi circuler dans les familles pour que chaque enfant raconte son oralbum à ses parents)
    • Le principe de progressivité du lexique et de la syntaxe est extra. On peut vraiment travailler des structures et l'enrichissement du vocabulaire.

    Il existe plein d'Oralbums sur les contes traditionnels (Trois petits cochons, Petit chaperon rouge, Boucle d'or etc)  et quelques uns sur des contes moins traditionnels :  Clic pour voir tous les Oralbums.

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 16 Février 2014 à 14:52

    J'adooooooooooooore les Oralbums, ça va vraiment à l'encontre de ce qu'on faisait je trouve. Par contre, c'est un peu cher, je réfléchis à un achat collectif pour la ZEP!

    2
    Dimanche 16 Février 2014 à 17:34

    C'est très cher, mais effectivement les enfants adorent à la fois parce que c'est en grand format, mais aussi parce que le niveau du texte est adapté à leur niveau de langage (petits, moyens, grands). Donc ils le revoient avec plaisir plusieurs fois sans s'en lasser, ce qui fait que la simple imprégnation fait déjà la moitié du travail d'apprentissage du vocabulaire et de la syntaxe.

    3
    Dimanche 16 Février 2014 à 20:01

    En effet ce sont des ouvrages assez chers mais ce sont surtout des supports intéressants pour améliorer les compétences langagières des élèves au même titre que les albums- échos. Nous avons travaillé l'année dernière sur "Boucle d'or" et les résultats obtenus étaient très optimistes. Ca vaut l'investissement! 

    4
    Dimanche 16 Février 2014 à 22:08

    Moi aussi j'aime beaucoup ces albums : format, belles illustrations, spirales permettant la lecture au dos de l'album, lexique évolutif... mais je suis quand même un peu gênée par cette histoire de lecture /oralisation...

    On ne RACONTE pas vraiment l'histoire puisque nous lisons ou écoutons à chaque fois le même texte et les enfants nous voient lire. MAIS de fait, nous lisons ces albums comme nous parlons, bizarre, non ?

    L'écrit et l'oral sont différents et je pense que les enfants ressentent cela tôt, du coup ces albums vont à l'encontre de ce ressenti, non ?

    5
    Lundi 17 Février 2014 à 07:42

    Les oralbums se situent dans un travail de l'oral, et non pas de l'écrit. Ils ne se substituent pas à l'écoute fréquente de littérature dans sa forme traditionnelle, mais on est dans ce cas dans le travail sur la langue écrite.

    Après, je comprends ce que tu veux dire, mais je pense qu'on s'enferme parfois dans des postures qui dépassent un peu nos élèves. 

    6
    Lundi 17 Février 2014 à 11:06

    Oui, je vois aussi ce que tu veux dire :) Mais je ne peux m'empêcher de raconter moi-même l'histoire sans lire -tout en reprenant le lexique différent selon les niveaux-

    Je l'ai peut-être effectivement trop vu comme un livre "classique". 

    7
    Lundi 17 Février 2014 à 13:33

    Ne pas oublier que les petits albums permettent un travail très intéressant de circulation dans les familles. Les enfants racontent l'histoire à leurs parents, qui eux mêmes apportent leur version.

    Pour le prix, c'est cher effectivement mais nous nous les prêtions entre écoles de façon à varier les histoires chaque année.

    Nous avons constitué des cartons avec tous le matériel + des albums du réseau + des documents faits par chaque enseignant sur la même histoire + divers matériel lié à l'album (jeux...)

    8
    Lundi 17 Février 2014 à 14:42

    C'est effectivement un peu cher mais c'est un investissement durable. Et les enfants aiment beaucoup ce genre de travail oral assez ludique finalement et plutôt original.

    9
    Mardi 18 Février 2014 à 09:25

    Je trouve très triste qu'on s'extasie devant des albums volontairement écrits de manière appauvrie, c'est vraiment le "livre du pauvre". 

    Le grand intérêt de lire des contes traditionnels aux élèves est justement de les mettre en contact avec le langage écrit, du vocabulaire riche et varié. Les oralbums, en rabaissant le langage écrit à un niveau parfois même incorrect (suppression des particules négatives...), ne font vraiment pas le pari de l'intelligence ni de la qualité langagière ! 

    Encore une fois, dans les familles où les parents liront les albums du Père Castor à leurs enfants, le soir, à la maison, ce n'est pas très grave de leur donner cette sous-littérature à l'école. Mais on abandonne les autres enfants, ne leur donnant pas de lieu où entendre de la belle langue ! Si l'école ne s'en charge pas, qui le fera ? 

    10
    Mardi 18 Février 2014 à 15:24

    Hello Rikki,

    Boisseau a répondu d'avance à toutes tes objections en donnant des arguments. Ce sont ces arguments qu'il faut réfuter. Attention, je ne dis pas que tu as tort ou que Boisseau a raison.

    Pour l'argument de l'appauvrissement volontaire, on peut peut-être dire que c'est un peu comme avec les textes adaptés au CP ou les manuels alphabétiques. On ne leur donne à lire que ce qu'ils savent lire à un moment donné de l'année (pas de sons nouveaux). Cela n'empêche pas de faire de la  littérature plus complexe (voc, syntaxe) à l'oral. Les bénéfices de cet appauvrissement volontaire (avec enrichissement progressif en qualité et quantité au fur des acquisitions) sont énormes car ils permettent un apprentissage rapide et sûr chez les élèves (sauf dyslexie ou autres troubles de l'apprentissage). 

    Voir ici l'introduction du livre de Boisseau Enseigner la langue orale à l'école maternelle. 

    Il y a encore d'autres textes de Boisseau sur le net qui permettent de se faire une petite idée avant d'acheter le bouquin (ou pas).

    11
    Mardi 18 Février 2014 à 18:39

    Rikki, ce serait ennuyeux si on ne lisait que cela, mais en introduction d'un réseau, je ne suis pas d'accord avec toi. On ne travaille pas la même chose dans les oralbums que dans la lecture de contes traditionnels, c'est tout. Ici, on travaille l'enrichissement du lexique du quotidien, et l'acquisition de structures langagières ordinaires. Il est nécessaire de les travailler aussi, je trouve.

    12
    Mardi 18 Février 2014 à 18:58

    Et, par expérience, c'est vraiment aux enfants les plus fragiles que ces oralbums apportent beaucoup. En effet ils permettent à ces enfants qui possèdent peu de mots et peu de structures de se lancer dans un récit complet avec un bagage restreint. Et croyez moi, c'est magique quand un de ces enfants s'empare du livre et raconte toute l'histoire (même très simplement). Ensuite, charge à nous d'amener d'autres versions, d'autres apports pour enrichir tout ça.

    Quant à ceux qui ont déjà le bagage oral, ils ne se cantonnent pas à la structure de base de l'oralbum parce que rien n'est écrit et qu'ils se sentent libres de composer le récit comme ils le veulent. Les plus fragiles les écoutent alors et s'enrichissent aussi de ces nouveaux mots et nouvelles structures.

    13
    Mardi 18 Février 2014 à 20:16

    Ben dis donc quelle extase devant des textes appauvris et mal ficelés ! Je n'ai pas le courage d'aller lire les justifications théoriques d'Untel ou Untel, mais j'ai eu entre les mains des Oralbums, et je peux vous dire que c'est navrant de donner des textes d'aussi mauvaise qualité à des enfants. 

    Ce genre de texte peut être dit, il ne mérite en aucun cas d'être écrit. 

    J'ai fait des années de maternelle, et durant tout ce temps j'ai toujours faire raconter aux "petits parleurs" les histoires qu'on lisait et relisait, mais je prenais la peine de leur offrir de la qualité, pas du prémâché à vocation pédagogique. 

    Pour moi, c'est l'anti-littérature. Un vrai tue-l'amour-du-livre !

    14
    nounours
    Mardi 18 Février 2014 à 20:17

    Moi ces structures syntaxiques écorchées cela ne me semble pas très formateur... L'enfant doit apprendre qu'à l'écrit on s'exprime différemment que ce qu'il entend dans la cour d'école : "tire la chevillette et la bobinette cherra". Gageons qu'en plus ces albums sont proposés à Killian, Kenza et Houssein, tandis que Jean Sébastien et Marie Charlotte découvriront la version "Père Castor".

    15
    Mardi 18 Février 2014 à 20:45

    Houssein, Kenza et Killian n'ont que l'école pour découvrir les boulangers qui enduisent la patte de pâte, les loups à la voix rauque et les chevreaux qui gambadent comme un tailleur à ses noces. Je préfère moi aussi l'imprégnation que constitue la lecture longuement commentée des versions "pour Jean-Sébastien et Marie-Charlotte".
    Ne serait-ce que pour avoir la satisfaction de me dire que je lutte contre l'exclusion programmée et que je fais confiance à la mission d'égalisation des chances qu'on a confiée il y a plus de 130 ans à l'École Publique.

    16
    Jenny59
    Mardi 18 Février 2014 à 21:21

    La longue expérience de Boisseau que j'ai récemment entendu en conférence, son étude pratique de la langue orale m'a confortée dans l'idée qu'il s'agissait d'un outil efficace au service de l'oral, les textes sont d'ailleurs dans une bulle pour montrer que quelqu'un raconte.

    Cela choque-t-il qui que ce soit de demander à un enfant de reformuler sa phrase afin de pouvoir l'écrire en situation de dictée à l'adulte? Dans ce cas, il s'agira de langage écrit oralisé.. Dans les oralbums, c'est exactement la même chose dans l'autre sens.

    Tout le monde est d'accord pour mettre en avant les spécificités de l'écrit mais pour ce qui est de travailler celles de l'oral, ça semble moins évident.

    Le choix du vocabulaire dans chaque bulle, pour chaque niveau a été réfléchi pour répondre et s'adapter aux exigences du développement du vocabulaire de chaque âge. Pas si évident du coup de l'improviser...

    Boisseau préconise de montrer en exemple la marche juste au dessus de celle où se trouve l'enfant, pas le haut de l'escalier. Mais ce n'est effectivement pas la cas de tous.

    17
    Mardi 18 Février 2014 à 21:24

    Je trouve regrettable ces critiques qui ne prennent pas la peine d'aller creuser le sujet. Je vous invite à aller lire l'article très simple à lire d'André Ouzoulias traitant de l'enseignement de la langue orale en maternelle. Un extrait parlant je trouve : "Encore faut-il distinguer le langage écrit entendu (5) et la langue orale, celle de l’oralité vive, qui ne se confond pas, même dans ses formes les plus élaborées, avec les canons de l’écrit. En effet, si la lecture à haute voix d’œuvres du patrimoine et la présentation d’albums « classiques » est incontournable, elle vise des objectifs différents de celui d’apprendre à parler : appropriation d’un patrimoine littéraire, initiation à la psychologie des personnages, éducation du regard à travers l’observation des illustrations et leur mise en relation avec le texte, imprégnation orale des formes syntaxiques de l’écrit, etc.

     La différence entre les modalités orale et écrite n’est pas, comme on peut le croire, une différence entre un oral sommaire, populaire ou relâché et un écrit savant, élaboré et cultivé, entre des énoncés oraux rudimentaires (sans complexité) et des phrases écrites plus complexes. Non ! Elle tient à quelques caractéristiques syntaxiques. À l’oral, on n’observe pas d’occurrences du passé simple ; il y a peu d’interrogations avec inversion ; le « ne » est souvent omis ; on entend, y compris chez les adultes lettrés, des occurrences quasi systématiques de redondance du pronom : « Il est très gros, ce chien ! » ; « Tiens, le camion, il est parti » absolument typiques de l’énoncé oral français, etc. Répétons-le : ces formes de l’oral ne sont pas fautives. Comme l’a montré Claire Blanche-Benveniste, elles caractérisent la syntaxe du français parlé, y compris chez les personnes les plus instruites, dont elle a enregistré, transcrit et analysé les discours improvisés. (6) "

     

    18
    Mardi 18 Février 2014 à 21:38

    Ça, c'est sûr que l'auteur de l'outil ne va pas dire en conférence qu'il n'est pas efficace !

     

    Je me demande tout de même comment ils font, tous, pour avoir des conférences pour faire de la pub pour leurs bouquins. Il y a du favoritisme, moi, je n'ai jamais eu droit à la moindre conférence pour vendre ma soupe ! C'est pas juste ! 

     

    19
    Mardi 18 Février 2014 à 21:44

    Rikki (tu m'as habituée à une rhétorique plus rigoureuse...  ) :  qu'est-ce qui te semble erroné dans l'extrait cité par Julie ?

    20
    Rachel
    Mardi 18 Février 2014 à 22:28

    Bonjour, il y a quelques années je suis allée à une conférence de l'auteur des oralbums. Autant son intervention sur l'acquisition du langage m'a fasciné autant les oralbums ne m'ont pas du tout convaincu! Pour moi le texte oit être identique pour tous: en PS ils ne comprendront pas la même chose qu'en GS. On peut même refaire le même album  2 ans plus tard et les élèves sont étonnés de comprendre différemment le texte. On a tous lu au college les misérables, si on les relis maintenant on comprend différemment le texte, pour moi les oralbums ne permettent pas cette évolution de la pensée. Mais sinon leur auteur à des idées géniales pour faire parler les élèves!

    21
    Mardi 18 Février 2014 à 23:31

    Grosse angine + grosse grosse fatigue... 

     

    Quand je vous dis que je suis KO et que je n'ai pas le courage de lire des textes théoriques, c'est vrai ! 

     

    Pas lu l'extrait. Juste jalouse de ce que certains puissent utiliser tous les supports pour faire leur pub et pas d'autres. Mode Calimero on. 

    22
    Mercredi 19 Février 2014 à 10:04

    J'ai bien réfléchi et ce qui m'étonne le plus en fait, c'est de choisir le medium qui véhicule l'écrit comme vecteur du langage oral... L'enfant qui vient à l'école découvre parfois le LIVRE. Il découvre que celui-ci obéit à des codes particuliers. Il les engrange pendant ses quatre années d'école maternelle et les possède en germe lorsqu'il apprend lui-même à coder et décoder l'écrit

    Là, ce véhicule traditionnel du langage écrit, rédigé par un absent éloigné dans le temps et dans l'espace, est détourné de sa fonction première pour devenir un véhicule de l'oral peu élaboré, familier.  L'oral familier existe dans toutes les écoles, non ? Au Quoi de neuf ?, pendant les ateliers, lorsqu'on fait de la cuisine, du jardinage, de la peinture, que sais-je encore, on parle ?
     On aurait pu aussi prévoir de grandes affiches, des objets à explorer... Pourquoi choisir les contes traditionnels ?
     Même les conteurs ont leurs rites et ce n'est certainement pas celui de faire disparaître les négations ou d'employer des phrases au vocabulaire "de pauvre"...

    23
    Mercredi 19 Février 2014 à 11:06

    Exactement, de plus, les conteurs n'ont justement pas besoin de supports écrits, même "spécifiques" pour exercer leur art, et refusent généralement de laisser fixer leur parole de cette façon.

    Personnellement, que je fasse la conteuse ou la lectrice, je préfère offrir à mes petits élèves un langage riche SURTOUT pour ceux qui n'en profitent pas forcément à la maison. Et voir des petits MS pas très francophones reprendre en choeur "tire la chevillette,... " ça n'a pas de prix !

    24
    Mercredi 19 Février 2014 à 11:15

    En fait, je crois qu'on ne parle pas de la même chose.

    25
    Mercredi 19 Février 2014 à 12:01

    Hum, je serais curieuse de savoir comment tes MS casent "tire la chevillette,..." dans leur conversation .

    Les oralbums servent à travailler l'oral, pas à enrichir la culture littéraire des élèves.

    C'est comme si tu me disais qu'une fourchette est un mauvais outil parce qu'elle ne te permet pas facilement d'enfoncer un clou. Personne ne dit qu'on ne lira plus les contes traditionnels aux élèves.

    26
    Mercredi 19 Février 2014 à 12:07

    Eh bien alors, travaillons l'oral avec les outils de l'oral : les situations "directes", les besoins, les découvertes, les questions, l'observation d'objets et d'actions, les échanges impromptus ou dirigés et le langage d'évocation qu'il concerne le passé ou l'avenir...

    Et laissons aux livres leur rôle de supports de l'écrit avec toutes ses spécificités.

    27
    Mercredi 19 Février 2014 à 12:21

    L'utilisation des oralbums est à rapprocher de celle des "Albums echos", eux, liés à la vie concrête de l'élève. L'intérêt est que pour des enseignants non spécialistes du langage, de ses étapes d'acquisition, le support est prêt, les étapes tant lexicales que syntaxiques sont proposées. Je ne vois pas trop quel autre support qu'une histoire illustrée pourrait être aussi "universel". Mais j'y réfléchis!

    28
    Mercredi 19 Février 2014 à 12:42

    (merci de rester respectueux des avis de chacun : personne, à ma connaissance, ne détient la Vérité, en particulier sur ce sujet Ô combien délicat qu'est l'enrichissement du lexique et le travail syntaxique en maternelle).

    29
    nounours
    Mercredi 19 Février 2014 à 12:43

    Mais pourquoi devrait-on parler à l'oral de manière approximative ?  Lors d'une animation pédagogique sur l'enrichissement lexical, la CPC nous a rappelé la nécessité de bien parler, y compris en mettant des négations que nous n'utilisons pas nécessairement chez nous. La langue de l'enseignement n'est pas la langue du marché, on ne véhicule pas un registre familier.

    30
    Mercredi 19 Février 2014 à 14:35

    A part pour les négations qui ne sont pas omises mais seulement entre parenthèses (sauf erreur : j'ai laissé le livre en classe), dans mon oralbum, je n'ai rien vu d'approximatif.

    D'autre part, je n'ai pas vraiment lu le texte de l'oralbum, je l'ai plus pris comme un guide qui me laisse libre de "raconter" à ma façon, mais qui m'aide à choisir un lexique progressif, des structures, et le niveau de détail adaptés.

    31
    Mercredi 19 Février 2014 à 17:56

    moi aussi je suis gênée par les négations et le langage peu élaboré . Alors , vous défendez le fait que le texte vous sert de base pour raconter à votre sauce ... mais alors comme il serait mieux d'avoir un album muet . Pourquoi suggérer ce pauvre lexique?

    Je précise que lorsque j'étais en MS, j'ai acquis Boucle d'or pour justement le présenter dans mon réseau , attirée par le format et le jeu de cartes que je pensais réutiliser pour travailler l'oral. Le tout étant cellophané , je l'ai acquis en confiance. Quelle déception à l'ouverture !!! finalement je ne les ai pas utilisés. J'ai travaillé mon réseau avec d'autres versions. Et mes élèves de ZEP les reprenaient , racontaient l'histoire avec leurs mots et ceux appris en écoutant , en travaillant avec moi, en faisant en vrai une belle soupe etc .

    Je suis maintenant en élémentaire, et je me retrouve à devoir prévoir de remédier en travail sur l'oral  à des phrases mal construites (pas de négation, des phrases du style " Boucle dOr, elle rentre à la maison des ours" ... en CM1 ) Peut être que si on ne laissait pas ce genre de phrase dans des albums même au prétexte de travailler l'oral , peut être  que ces tournures ne s'imprimeraient pas autant dans l'esprit de nos élèves.

    32
    Mercredi 19 Février 2014 à 18:16

    Plus encore que de l'enrichissement lexical, la fonction des Oralbums est surtout syntaxique.

    Le but est d'aider les élèves à intégrer et à consolider des structures langagières simples de type GN+Pronom+GV au même titre que les Albums-échos. Pour certains enfants, l'acquisition inconsciente de ces structures se fait tardivement et un bon moyen de les aider est d'utiliser un de ces supports. C'est pourquoi si on lit les textes des Oralbums, on sera surpris de lire (ou plutôt d'écouter) une phrase du type "La dame, elle fait les courses" qui correspond plutôt à une structure parlée. 

    En imprégnant quotidiennement les élèves de ces structures syntaxiques, au moyen de jeu tel que le jeu de la page, on les aide à les intégrer. 

    Dans le cadre de mon mémoire CAPA-SH, j'ai mené l'expérience avec mes élèves de CLIS sur quelques mois et les résultats étaient intéressants. 

    Un élève qui commentait des photos prises à la piscine me disait"Là, tenir les frites et pousser les pieds"  a pu dire "Là, on fait la frite, on fait comme ça, on tape des pieds" au bout d'une série de séances. L'évolution de ses structures syntaxiques est claire. C'est vraiment un travail sur le long terme que permettent entre autres les supports dont parle Boisseau. 

     

     

    33
    Mercredi 19 Février 2014 à 21:13

    A Ritamoutarde


    Je ne suis pas instit, mais je m'étonne de ce que vous sembliez trouver particulièrement satisfaisant que des élèves réussissent à employer des structures Sujet + Pronom de reprise + Verbe. 


    Des élèves de CLIS, je veux bien. Mais je ne connais pas un seul élève de 6e (auxquels j'enseigne), qui ne soit capable de parler de cette manière. Et ce n'est pas l'usage intensif d'Oralbums qui le leur ont appris, puisque l'outil n'est pas généralisé. 


    Il me semble que la syntaxe orale des Oralbums est quelque chose qui s'acquiert de manière autonome. C'est effectivement le langage de tout un chacun, il imprègne la vie quotidienne de ces gamins, ils ne peuvent y échapper.


    C'est comme si on inventait une machine pour apprendre aux enfants à courir. Sauf handicap, tous y arrivent. En revanche, courir vite, longtemps, en gérant son souffle et sa fatigue, ça s'apprend avec de l'aide. 


    Alors, je comprends bien qu'on ne reprenne pas les petits sur leur thématisation (ça s'appelle comme ça, le fait de faire d'un mot de la phrase "canonique" le "thème" d'un "propos" en le détachant à gauche par une virgule et en le reprenant à l'aide d'un pronom). Mais de là à penser que c'est ça qu'il faut leur enseigner ! J'avoue ma perplexité.

    34
    Mercredi 19 Février 2014 à 22:32

    Comme vous dites, tout cela nous laisse perplexe et le langage est un domaine complexe à enseigner. 

    Quoi qu'il en soit, nous parlons d'enfants de 3-4 ans et 5% de cette population utilise la forme GN+GV. Les autres utilisent les formes Pronom + GV ou alors GN+Pr+GV et cela fait partie du stade d'acquisition classique d'un enfant de 3 ans. Les supports dont on parle sont alors proposés aux élèves qui sont encore au stade d'acquisition d'un enfant de 2 ans donc pas forcement à une classe entière mais à une minorité. Dans ma classe de 12 élèves (CLIS), seuls 2 élèves en bénéficiaient. 

    Je suis d'accord avec vous, dès qu'un enfant a atteint le stade d'acquisition du langage d'un enfant de 4 ans, on complexifie et on les aide à diversifie pronoms et temps.

    35
    Jeudi 20 Février 2014 à 00:10

    Dans ma classe du mardi, j'ai des élèves de 3 ans et des élèves de 5 ans, pas des élèves de 6ème.

    Je suis convaincue que si on consolide et on accélère l'acquisition des structures très simples à 3 ans, on accélère d'autant l'acquisition consécutive des structures plus complexes.

    Pour illustrer : le lundi, j'ai des CE1 d'une ville huppée du département, école d'application, la crème... Je suis très surprise de la difficulté qu'ils ont à m'énoncer oralement une phrase un tout petit peu enrichie. Et pourtant tous ces enfants savent que la bobinette choit quand on tire la chevillette .

    Je leur demande de décrire une image avec une phrase un peu complexe. Au CE1, je voudrais mieux que : "Il y a  un enfant." J'attends : "Il y a un enfant qui...".

    Bien sûr, le-professeur, on peut se demander pourquoi je travaille "il y a un enfant qui" avec mes CE1 de ce quartier privilégié alors que quand ils arriveront en 6° ils sauront tous le dire. 

    Je le travaille, quand même, parce que j'espère qu'ils y arriveront -bien avant la 6° - et que cela leur permettra de travailler en CE2 et en CM des structures encore plus complexes pour maitriser encore mieux leur oral quand ils arriveront en 6ème.

    Du mercredi au vendredi, j'enseigne en collège auprès de Segpas (en Zep, Eclair). C'est là que je mesure à quel point nous, professeurs, comptons trop sur le soi-disant "langage de tout un chacun", auquel on ne pourrait "pas échapper". 

    Nous, professeurs des écoles, le constatons tous les jours : il y a des enfants, qui ont pourtant entendu : "tire la chevillette et la bobinette cherra" à l'école, et qui arrivent au collège en ne sachant pas s'exprimer à l'oral, même de manière élémentaire. Je trouve que c'est se voiler la face et bien mal assumer notre mission que de s'imaginer que "ça viendra tout seul".

    36
    Jeudi 20 Février 2014 à 07:52

    Pour les petits CE1 du mardi, il faut peut-être essayer en premier lieu de leur faire enlever le "Il y a", non.
    Lorsqu'ils n'auront à écrire que "Des enfants...", ils comprendront que quelque chose cloche.

    Et s'ils n'y arrivent pas, deux ou trois semaines de textes collectifs au tableau, enrichis au début par les conseils de la maîtresse les aideront à prendre conscience de ce qu'on attend d'eux.

    37
    Jeudi 20 Février 2014 à 08:05

    Le problème, c'est que les tournures avec détachement du thème : comme : "le loup, il choisit de passer par le chemin le plus court.", ou "Et le chaperon rouge, qu'est-ce qu'il fait ?"  sont spécifiques de l'oral en tant que communication immédiate entre deux parties en interaction.

    L'oral est forcément ancré dans un vécu (qu'il s'agisse de parler de soit ou d'une histoire), et il est important pour les deux interlocuteurs de se faire bien comprendre, et surtout de graduer les informations.

    Quand un enfant dit "Pierre, il m'a pris m'a balle", il détache intuitivement le thème (connu de tous, ou visible) de l'information. Les deux informations sont hiérarchisées du point de vue de ce que l'interlocuteur est censé ignoré.

    On retrouve ce type de structure dans les dialogues imitant l'oral, ce qui est normal. 

    On les retrouve dans des textes à la limite entre l'oral et l'écrit (discours politique ou pédagogique, écrits sur les forums ou tweets... qui cherchent à mettre en relief l'information inconnue de son public, ou à entrer en communication avec lui - de façon feinte ou non.)

    Or, un récit, une narration (et d'autant plus dans les contes) n'a fondamentalement que faire et du vécu de son lecteur (avec qui elle ne peut entrer qu'en résonance indirecte), de ce qu'il sait ou non. Les informations sont graduellement organisées, et c'est donc, naturellement, la structure type S-V-C qui prévaut. Il ne peut y avoir interaction autre que stylistique (de mise en relief du prédicat, une façon de dire "ah, vous ne vous y attendiez pas, hein, lecteur ! - et encore, elles sont très rares au cœur d'un récit) parce que l'album, le conte, s'auto construit, se nourrit d'un univers qu'il a lui-même créé, et se suffit à lui-même : il n'a que faire de supposer qu'une information va être nouvelle pour le lecteur, dans la mesure où son caractère différé dans le temps et l'espace interdit l'interaction.

    S'il peut y avoir interaction sur une histoire, un album, ce n'est qu'entre le maître et ses élèves, ou entre les élèves.

    D'autre part, l'écrit propose (et surtout dans la narration) une norme de correction syntaxique, qui n'a rien à voir avec un snobisme langagier. Cette hypercorrection est engendrée par le temps de l'écriture lui-même (qui est tout le contraire d'une conversation), et par la fonction narrative : création d'un monde cohérent dans lequel les personnages vont évoluer.

    (Accessoirement, cette norme acquise par imprégnation m'est très utile en classe quand il s'agit de mesurer le degré de correction d'une phrase.)

    Enfin, la littérature possède ses zones d'ombre, elle résiste, notamment pas son lexique. C'est ainsi. Elle n'a pas à se replacer dans la conversation, puisqu'elle n'est pas, par essence, conversative. Elle éloigne du vécu, c'est sa fonction.

    A 42 ans, je n'ai toujours pas bien compris ce qu'était la chevillette et la bobinette, mais peu importe. Je sais que c'est une formule qui ouvre une porte, tout comme le sésame d'Ali Baba.

     

    38
    Jeudi 20 Février 2014 à 08:52

    Tout cela pour exprimer le hiatus, qui me semble indépassable, entre oral et album.

    Et pour donner le fond de ma pensée, l'écrit est très normé.

    Tout écart à la norme est stylistique, et donc signifiant.

    39
    Jeudi 20 Février 2014 à 09:22

    @Charivari


    Vos arguments sont intéressants. Je ne suis pas, a priori, convaincu, parce qu'ils supposent une structuration cumulative de la syntaxe. Le "Mon papa, il a dit que..." permettrait d'arriver plus vite à "Mon père a dit que..."


    Il me semble plutôt que la syntaxe orale se structure de manière beaucoup plus anarchique et qu'il est illusoire de vouloir la structurer selon une progression.


    Je ne suis pas instit mais professeur de français au collège enseignant depuis des années à d'ex-cm2. Je suis aussi père d'un petit en MS. Je dois dire qu'à force de lui lire des histoires bien écrites, en changeant en direct les présents par des passés simples et des imparfaits, il utilise des structures assez complexes. Mais côté, il peut tout aussi bien parler bébé, me faire de longues phrases sans queue ni tête, et c'est tant mieux.


    Et encore une fois, je ne vois pas l'intérêt de travailler une compétence qui se met toute seule en place (une fois l'argument de l'utilité ultérieure dans la structuration de la syntaxe.)


    Sinon, le post d'abcdefgh me semble d'une rigueur et d'une clarté imparable. L'imprégnation doit commencer très tôt, et le support narratif écrit ne semble pas être pas le meilleur choix possible.

    40
    Jeudi 20 Février 2014 à 11:04

    En lisant le professeur, une anecdote me revient : quand il était à la crèche (ça date...), mon fiston savait très bien faire la différence entre langage oral de communication et langage du récit. La preuve ? Il jouait avec ses Playmobils au passé simple. "Le chevalier monta sur son cheval, il coura jusqu'au château, il voya la princesse, alors il monta dans le nélicoptère et il sauta et il atterrissa sur le toit du château..."

     

    Il jouait tout seul, dans son coin, en se racontant son histoire à voix haute. Nulle situation de communication, le pur plaisir de la langue... Certes, certains adultes attentifs auraient pu repérer quelques légères inexactitudes dans son discours, mais pour lui, aucun doute : il parlait la langue des contes, la vraie ! Celle où on tire sur des chevillettes pour que les bobinettes choient ! 

    41
    Jeudi 20 Février 2014 à 19:19

    J'ai une élève de GS qui, lorsqu'elle me dicte le commentaire de son dessin, utilise toujours le couple imparfait/passé simple (à sa sauce...).
    Ses camarades ont trouvé que cela faisait bien plus riche et cultivé et eux aussi, maintenant, ont adopté ces temps du récit pour raconter leurs récits.

    Je précise que mon école est située en milieu rural/ouvrier/chômeur...

    Formidable, ton explication, abcdefgh... Et limpide ! Merci.

    42
    Jeudi 20 Février 2014 à 21:26

    J'ajoute au superbe commentaire d'Abcdefgh que, vous avez beau vous payer ma fiole avec mon histoire de bobinette, de même que "Sésame ouvre-toi" permet de familiariser les enfants avec l'impératif, la formulette du petit chaperon rouge est une occasion d'employer le futur simple, et tout cela ne fait pas de mal, même si cela doit être quotidien et complété par de multiples activités mettant en jeu le langage oral "dans des situations de communication" pour être efficace.

    43
    pepourlavie ^^
    Dimanche 23 Février 2014 à 18:17

    à part pour utiliser des grandes images je ne vois aucun intérêt à ces histoires : http://pepourlavie.eklablog.com/les-oralbums-au-secours-a106652596

    44
    personne
    Dimanche 23 Février 2014 à 20:42

    d'accord avec vous rikki, pepourlavie etc. Décidément, les enfants ont dû devenir de plus en plus bêtes! Au cas où ils ne comprendraient pas les contes, on leur invente les oralbums (ah!ah!ah!) . Savez-vous, Charivari, que l'intérêt d'un conte traditionnel , c'est qu'il s'adresse à tous et que chacun y prend ce qu'il comprend à l'âge qu'il a en l'écoutant? Que sans même savoir ce qu'était une bobinette, j'avais quand même compris très jeune qu'il s'agissait d'ouvrir la  porte? Que j'ai compris bien plus tard que le Petit Chaperon Rouge était un conte initiatique, qu'il ne fallait pas se méfier du loup mais de quiconque  pouvait vous entrainer, bien malgré vous, dans son lit? Arrêtez de simplifier tout svp!

    45
    Jeudi 27 Février 2014 à 17:35

    Dans tous ces commentaires très étayés, j'ai l'impression qu'il y a des visiteurs qui imaginent qu'on va lire un oralbum à la place de la version traditionnelle du conte.

    Pour moi, l'oralbum est un outil supplémentaire. C'est une version que je lis en plus, pas à la place. 

    Je continuerai à lire "tire la chevillette" etc... Il n'est pas question pour moi de mettre ces jolis textes aux oubliettes. 

    En revanche, pour moi, dans ma classe, j'ai aimé utiliser cet oralbum pour travailler la syntaxe et le lexique. Je comprends que ce n'est pas votre cas, je comprends que vous soyez à l'aise avec d'autres outils pour aider les élèves à bien formuler leurs phrases, mais comprenez que certains profs, dont moi, apprécient ce nouvel outil.

    46
    Jeudi 27 Février 2014 à 23:12

    La liberté pédagogique et l'adaptation du choix des outils au profil d'une classe donnée sont des principes incontestables. Je reste cependant dubitatif sur l'efficacité des Oralbums, même en complément de lectures plus traditionnelles.

    La raison en est que la langue des Oralbums n'est pas la langue orale des enfants, mais une reconstruction maladroite et souvent fautive, et cela même au regard de la norme de la langue orale courante.

    J'ai essayé de le montrer sur mon blog, mais je continue dans les commentaires du vôtre.

     

    Prenons un extrait du texte lu aux élèves de GS dans la page d'album mis en ligne par Spinoza1670.

    • « Ces amis, c'était ce moineau qu'il avait soigné et apprivoisé autrefois.
    • Et aussi ce canard qui était très bavard.
    • Et puis ce chat qui passait son temps à faire de l'exercice dans les arbres comme un vrai acrobate ! »

    Je laisse de côté le fait de répartir les trois éléments précisant le terme générique « amis » dans trois phrases différentes, ce qui rend incorrecte la première. Je ne parle pas de la plausibilité qu'un élève de 4 ou 5 ans poursuive une telle liste par des phrases nominales introduites par « et aussi » et « et puis », alors que chacune d'entre elles est séparée par une pause importante, renforcée à l'écrit par le passage à la ligne (on attendrait au minimum un "il y aussi...").

     

    Je m'attacherai surtout à l'usage particulièrement incorrect qui est fait des adjectifs démonstratifs. Leur usage se justifie seulement si l'enseignant montre les personnages sur la grande illustration au fur et à mesure qu'il lit. Il n'est pas certain qu'il le fasse, puisque rien ne le lui indique. La syntaxe suppose donc une gestuelle et ne se suffit pas à elle-même.

    Si ce n'était pas le cas, l'usage du démonstratif se rapprocherait d'un usage anglo-saxon, tout à fait incorrect en français. S'il est possible aux USA d'introduire un nouvel élément dans la conversation à l'aide de l'adjectif « this », il est d'usage en français de se contenter d'un article indéfini. Le démonstratif est ambigu puisqu'on ne sait pas s'il désigne quelque chose de nouveau ou quelque chose dont on a déjà parlé. Cet usage envahit le langage oral des collégiens, sous l'influence des médias anglo-saxons, inutile de commencer en maternelle.

    Mais, même dans un usage intelligent de ce texte, comme accompagnement d'une illustration détaillée à l'aide de gestes, le texte est incorrect. En effet, les expressions « ce moineau », « ce canard » et « ce chat » sont suivies de propositions subordonnées relatives. Or, cette configuration n'est acceptable que si l'on change le sens de la phrase. La détermination du nom par la relative est en effet redondante par rapport au geste de « monstration » accompli par le démonstratif. Dans ce cas-là, on ne peut pas comprendre que la phrase désigne l'illustration. Le nom ne peut que renvoyer à un sujet de conversation antérieur. Il faudrait entendre quelque chose comme : « Ces amis, c'est ce moineau qu'il a soigné et apprivoisé autrefois, vous savez, celui dont on a déjà parlé. »

    Pour garder la référence à l'illustration, il faudrait faire une pause après « moineau », « canard » et « chat », matérialisé par une virgule. Les relatives ne seraient plus déterminatives mais explicatives. Or, il n'y a pas de virgule ! Les Oralbums multiplient ce genre d'erreur, qui peuvent paraître anodines, mais qui, mises bout-à-bout, forment un tout hétéroclite aussi éloigné du langage oral correct que du langage écrit. Les ambiguïtés référentielles de ce type sont légions.

     

    Bref, le problème des Oralbums n'est pas d'utiliser un langage oral, mais d'utiliser un langage oral incorrect et artificiel. Naturellement, chacun fait ce qu'il veut, mais il faut le faire en ayant bien conscience des défauts de cet outil.

    47
    Vendredi 28 Février 2014 à 08:10

    En effet, dans l'exemple que tu cites, cela va de soi (pour moi) que si je lis cet extrait, je désigne chaque animal sur l'image au fil de ma lecture et je fais une pause marquée après moineau, canard et chat. Je ne connais pas l'album, mais j'imagine ce passage comme une page de présentation des animaux de l'histoire.

    48
    Mercredi 9 Avril 2014 à 23:04

    Merci à tous pour ces enrichissantes contributions. Je vais aller de lien en lien au sujet des oralbums. Je les ai découverts sur le terrain, remplaçante tous niveaux et découvrant concrètement la maternelle.

    J'aime le contage. Je m'y suis intéressée de près, puis j'ai abandonné ne souhaitant pas y investir trop de temps. J'ai trois contes dans ma tête que je peux dire aux élèves, à la condition de les retravailler un peu avant pour les remettre en mémoire.

    Côté lecture (dite "offerte" chez les plus grands), je lis des histoires avec ou sans support illustré. Je n'ai pas de connaissances théoriques à ce sujet, mais c'est important pour moi de démontrer que lire une histoire peut se faire sans images.

    Je lis parfois à l'envers (en montrant les images en même temps), d'autres fois je lis en retournant le livre vers moi (écriture devant moi, les élèves attendent pour voir).

    Bref...

    Je ne trouve pas judicieux de fixer à l'écrit des structures parlées éphémères. Je trouve même regrettables de les répéter à l'identique.

    Lorsque j'ai découvert la pratique du contage, j'ai dû faire un travail pour m'éloigner de la langue écrite. La première fois, j'ai conté au passé simple et imparfait. Puis j'ai appris à conter en mêlant les temps dans quelque chose de moins figé que l'écrit. Moins rassurant aussi pour celle que je suis.

    Les oralbums font un mélange de ces traditions écrites et parlées que je ne trouve pas judicieux. C'est dommage, le matériel est beau, grand et résistant.

     

     

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