Comment j’ai tué le 2e groupe des verbes

Je remonte cet article de mars 2016 : il revient dans l’actualité

Jusqu’à ce que je tombe sur le manuel Cléo (Retz), je ne m’étais jamais posé la question de l’enseignement des groupes de verbes. Je distinguais les verbes du 2e groupe, parce que j’avais appris quand j’étais petite qu’il y avait 3 groupes de verbes. J’imaginais que c’était important.

J’avais été quand même surprise de ré-apprendre, à l’IUFM, à 40 ans donc, que les V du 2e groupe étaient ceux qui faisaient -issons au présent. Adulte, je l’avais complètement oublié.

A cette époque, à l’IUFM, si j’avais été plus futée, j’aurais réalisé qu’à 40 ans j’étais incapable de dire si un V en -IR appartenait au 2e ou au 3e groupe et pourtant je les conjuguais très bien. Cela aurait dû m’alerter : si je les conjuguais très bien sans les distinguer, pourquoi diable était-ce si utile de les isoler ?

Et voilà que dans les IO 2015, on ne parle plus de groupes de verbes. En particulier, le 2ème groupe a disparu. Et de mon côté, cela fait plusieurs années que je ne parle plus non plus de ce deuxième groupe. En fait, chercher à isoler les verbes du 2ème groupe me parait maintenant inutile, voire contreproductif. Autrement dit, non seulement cela ne sert à rien mais en plus cela embrouille les élèves.

Je précise, avec 3 idées directrices qui m’ont ensoleillé la conjugaison :

Idée 1 : pour faire de la conjugaison, il faut apprendre aux élèves à passer par l’oral.

Travailler d’abord la conjugaison à l’oral permet de faire prendre conscience aux élèves qu’on étudie la conjugaison pour apprendre à écrire ce qu’on entend, ce qu’on dit. La conjugaison, ce n’est rien d’autre que « l’orthographe des verbes ».

Si on passe trop vite sur cette étape de l’oral, si on n’y revient pas systématiquement, on se retrouve avec des élèves qui inventent des formes verbales : tu alleras (le futur du verbe aller), nous étrions (l’imparfait du verbe être…). Ils tentent d’appliquer des recettes, comme si la conjugaison était une sorte de machine à associer des radicaux et des terminaisons, machine complètement déconnectée de la langue.

Une fois qu’ils ont bien compris qu’il s’agit d’apprendre à écrire ce que l’on dit, il n’y aura « plus qu’à » corriger leurs imperfections de l’oral : ils voient (et non voyent), vous dites (et non disez), ils croient (et non croivent…).

Idée 2 : Au présent, c’est le 1e groupe qui est « spécial » avec ses terminaisons en -e. La plupart des autres verbes, 2e ou 3e groupe ont des terminaisons en s-s-t 

Comment j'ai tué le 2e groupe des verbes… avec en particulier les finales en -i qui sont les plus piégeuses :
je replie la serviette mais je remplis les verres,
le lion se réfugie mais rugit,
tu cries mais tu écris,
je relie les points mais je relis ma dictée…
On le voit bien dans ces exemples : c’est le 1er groupe qui pose problème, alors que les verbes des deuxième et troisième groupes se comportent de la même manière : je remplis, je rugis (2e groupe) comme je relis, j’écris (3e groupe).

Autre exemple, même si finir et partir ne font pas partie du même groupe, les élèves disent : « Je pars à la plage » et « je finis mon travail », et écrivent un -s dans les deux cas. Il est parfaitement inutile de leur imposer une étape de raisonnement supplémentaire en se demandant si finir ou remplir sont des verbes du 2e groupe ou pas  (même ceux qui ne savent pas que remplir est un verbe du 2e groupe écrivent « nous remplissons le seau« , et pas « nous remplons le seau« ).

Idée 3 : Une fois que les élèves ont appris à être vigilants pour repérer les verbes en -er, il reste peu de cas particuliers à leur enseigner

Ils apprendront à repérer les verbes en -endre et -ondre (qui ont des terminaisons en ds-ds-d), vouloir-pouvoir (valoir) chez qui le s se change en x et quelques curiosités, comme être, avoir et aller…

Moralité : vous conviendrez que, le deuxième groupe, on s’en fiche complètement, en fait.


Beaucoup de gens se sont exclamés ci-dessous, ont crié au meurtre, au conjuguicide…

On m’a expliqué que le participe présent du deuxième groupe était en -issant (en finissant….) mais cela ne pose pas de problème aux élèves puisque cette forme n’est pas homophone avec une autre : tous les participes présents s’écrivent -ant, 2e groupe ou pas.

Dans leurs rédactions, même en n’ayant jamais entendu parler du 2e groupe, mes élèves écrivent spontanément « Il a répondu en rougissant. » puisque c’est ce qu’ils disent. Aucun n’a l’idée de m’écrire « Il a répondu en [rougeant].« 

Quant à ceux qui écrivent « en rougisant », c’est l’orthographe du son [s] qu’il faut travailler avec eux, bien plus largement que la conjugaison des V du 2e groupe.

Publié pour la première fois le 13-3-2016 à 15:48:00
C’est top, je partage :

18 Commentaires

  1. lydie

    bonjour
    merci pour ton « post » mais

    dans ton tableau en haut de ton « post » tu mets verbes en -ndre terminaison ds ds d mais pour peindre il se termine bien en ndre mais les terminaisons sont s s t

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  2. sagebooker

    je trouve ton post sur le sujet aujourd’hui seulement, et je plussoie, et de ma tête, des deux mains, des deux pieds, etc.
    Pendant des années en segpa, j’ai zappé exprès le 2e groupe, car, petit argument supplémentaire, dans les 30 à 50 verbes les plus fréquemment utilisés en français, il n’y en avait jamais du 2e groupe… et on pouvait, comme tu l’expliques bien, trouver leur terminaison avec l’usage de tous les autres verbes sanf ER, mais les verbes en ER, à force de ressasser, ben justement, c’était ceux que nos loulous connaissent.

    Pour mes CM2 actuels, j’ai fait avec eux une carte mentale des « terminaisons absolues », et ça leur simplifie quand même la vie… les choix de terminaison sont peu nombreux quelle que soit la personne utilisée (1 à 3 max si on ajoute le « ne rien ajouter », sous-entendu au radical, pour les verbes cités dans le commentaire précédent).
    Après seulement cette révision de tous les cas rencontrés dans leur carrière de conjugueur, on passe à la conjugaison tranquillement, et là, plus aucun doute sur la terminaison, un peu de logique, (c’est « tu », ça finit forcément par un s, qu’est-ce qu’on met quand même juste avant ? Et non, on ne met pas un « t »…) et un peu d’apprentissage des leçons, et hop… ça passe tout seul ! (Pour que a reste, on en revient au travail sur le long terme, sur la mémorisation, et sur le transfert, pas sur les problèmes de conjugaison même).

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  3. Olympia

    Bonjour,
    j’ai créé un petit jeu d’entraînement sur le présent de l’indicatif avec des phrases qui se trouvent sur ma dictée de la semaine. J’ai utilisé votre tableau (tableau que j’avais construit en classe avec mes élèves) et que j’ai trouvé très joliment présenté sur votre blog. Je vous laisse le lien vers l’exercice, j’ai indiqué le lien vers votre blog, mais il faut le copier coller). http://LearningApps.org/display?v=pcij0wngt16
    Sur le fond de l’article, je suis tout à fait d’accord avec vous!

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  4. Élodie

    Bonjour, suite à une leçon ce matin où j’ai expliqué à mes élèves sidérés mais contents finalement que on pouvait finalement considérer que c’était le premier groupe l’irrégulier par rapport aux autres au présent je suis venue sur ton site voir si tu n’avais pas des pistes supplémentaires à me donner. Quelle joie de tomber sur cet article qui me conforte dans ma manière d’expliquer je vais donc l’entériner en t’empruntant ton joli tableau, Merci !!! (Merci aussi en passant pour ta superbe explication du prédicat !)

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  5. Élodie

    Par contre je rejoins le commentaire de Lydie concernant les verbes que tu as indiqués en -ndre. Personnellement j’écris plutôt en -endre comme cela les élèves n’ont pas cette confusion avec les verbes en -indre (j’en avais pas mal dans ma classe peut-être pas toi et tant mieux !) qui eux se comportent comme tous les autres (sauf oublis de ma part)

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    1. Charivari (Auteur de l'article)

      Argh, c’est bien compliqué pour des CM.
      -endre n’est pas satisfaisant non plus puisqu’il y a aussi -ondre (répondre…).
      AU niveau CM2, je leur montre les V en -endre et -ondre, et, quand on rencontre un -oudre, -eindre, on remarque qu’il est plutôt « régulier », avec ses terminaisons en -s -s -t…

  6. Élodie

    Flûte ! Effectivement j’ai zappé les -ondre. C’est donc bien plus simple avec ta présentation et explication si nécessaire sur le moment pour les autres.
    Merci pour la précision 🙂

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  7. Caroline

    Bonjour,
    Dans ton affiche sur le présent, où placer les verbes comme cueillir (ouvrir (+ dérivés) – offrir – cueillir (+ dérivés) – souffrir – assaillir – tressaillir) qui se « comportent » comme des verbes du 1er groupe ?
    Merci pour tes lumières sur ce point précis et, plus généralement, pour tout ton travail !
    Caroline

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    1. Charivari (Auteur de l'article)

      Ils ne sont jamais apparus sur une affiche (ni chez moi ni ailleurs, à ma connaissance) parce que :
      1. ils ont un comportement très atypique
      2. Leur conjugaison, honnêtement, ne m’a jamais vraiment posé problème. Mes élèves n’ont pas l’idée d’écrire un t à la fin de « il cueille ». Très naturellement, ils les conjuguent comme un verbe en -er.

  8. francoise

    rhhhoooooo merciiiii encore et encore!!! (1ère année en CM, 1ère année avec de la conjugaison… j’essaie de prévoir les pièges 😉 et je pense aussi à tes ceintures 😀 … bon, ben, encore un merciiiiiii alors!!)

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  9. Dirlolo

    Merci pour ce superbe article 😉
    A partager pour convaincre les récalcitrants !!!
    Et pour ma part, leçons à reprendre avec ce raisonnement.

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  10. adèle

    je rêve, j’ai l’impression d’avoir écrit ça ! depuis des années je travaille comme ça ! j’avais même présenté ma séance de cafipemf là-dessus…bref, bravo ! (et les nouveaux programmes sont allés dans notre sens, évidemment puisque c’est lo-gi-que et que la conjugaison c’est logique !)

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    1. charivari (Auteur de l'article)

      Ça me fait plaisir de lire cela. Cet article est un peu ancien. À l’origine il avait été publié sur l’ancien blog et avait déclenché une vague de commentaires scandalisés, me tenant responsable de la baisse du niveau des élèves, du réchauffement climatique et de la faim dans le monde… 🙄

  11. Marie

    Bonjour,

    J’avoue être partisane de l’ancienne « méthode » mais je commence à me renseigner sur cette nouvelle façon de faire et je trouve ton article très intéressant… Parce qu’au fond, c’est vrai que tous les problèmes liés aux conjugaisons du 2ème groupe sont résolues si on se passe par l’oral.
    Je m’interroge simplement sur un point : comment fait-on pour associer radical et terminaison avec les verbes en – ir ? Quel discours faut-il tenir aux élèves ?
    Car si on enlève – ir sans ajouter le deuxième radical « iss » pour les verbes du 2ème groupe, cela donne une conjugaison fausse… Du coup, il ne faudrait plus expliquer aux élèves le puzzle : radical + terminaison ? Comment faites-vous tous ? Ca me pose question ^^!

    Merci d’avance pour la réponse et pour la richesse de ton site !

    Marie

    Répondre
    1. charivari (Auteur de l'article)

      En fait, la question à se poser c’est « à quoi ça sert » de leur apprendre à enlever -ir et le remplacer par -iss pour conjuguer au présent ?

      Ma réponse c’est : à rien du tout. Ils n’ont pas besoin de savoir cela pour savoir qu’on dit « nous finissons ». Jamais un élève ne m’a dit : « nous finons notre travail ».

      Ce n’est pas ça, la conjugaison. S’ils apprennent comme ça, ils font n’importe quoi et on a des élèves qui pensent que conjuguer, c’est ça, c’est choisir les bonnes pièces du puzzle. Du coup, on en a qui conjuguent « ils allent » ou qui écrivent n’importe quoi dans leurs rédactions alors qu’on croit qu’ils savent leurs verbes parce qu’ils déconnectent ce travail de « puzzle » de la langue qu’ils utilisent. Et on pense que c’est de leur faute alors que c’est nous, en fait, qui leur avons très mal enseigné…

      Jamais un élève qui s’appuie sur l’oral n’écrit « ils allent ».

      Non, cela ne m’arrive plus depuis que je leur apprends que conjuguer, c’est écrire ce qu’on dit. On écoute », on s’appuie sur l’oral, on apprend les terminaisons par coeur (pour se souvenir des lettres muettes) mais on n’apprend pas de « radicaux », surement pas.

      Cela ne m’est jamais arrivé qu’un élève oublie le -iss ainsi. Jamais un élève ne m’a écrit « nous finons notre travail » ou, à l’inverse, « nous écrissons une lettre ».

      ALors comment on s’y prend ?
      Pour le présent par exemple, on transforme beaucoup de textes au passé vers le présent, à l’oral. Souvent, je leur fais commencer leurs phrases par « en ce moment, tous les jours… ». Une fois que l’oral est bien stable, on repère les deux cas principaux (les V et -er et les autres), on apprend les terminaisons, écrit ce qu’on dit, tout simplement.

  12. Marjolaine

    Merci merci merci ! J’aurai de nouveau des cm1 l’année prochaine depuis trèèèès longtemps et je suis très contente d’être tombée sur ton article. Effectivement, je me creusais toujours la tête pour trouver des verbes du 2ème groupe (ou les verbes comme finir comme il convenait de les appeler) dans mes exercices quand c’était au programme du CE2…

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  13. Ayleen & Kyban

    Je débarque après la bataille comme on dirait, vu que l’article date de 2016. J’ai découvert cette « révélation » la même année cela dit (enfin, tu le pratiquais peut-être déjà avant, moi non).

    Comme toi, je suis fière de mes élèves en conjugaison quand je les envoie au cycle 3, même si parfois les collègues peuvent être contrariées parce que je n’ai pas du tout vu cette distinction « 2e groupe » sur laquelle elles s’appuient quant à elles. Cela dit, c’est surement plus simple d’apprendre à trouver les verbes du 2e groupe que d’apprendre à conjuguer alors j’ai quand même l’impression d’avoir fait la part la plus importante du travail 😛 .

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  14. Divinaline

    C’est très intéressant! L’orthophoniste de ma fille travaille la conjugaison avec elle sur ce même principe, cela a été une révélation, pour ma fille comme pour moi!

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