Poésie : Le ptit grenier

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Il est rare que je fasse apprendre les paroles d’une chanson à mes élèves en guise de poésie. On trouve sur le net beaucoup de textes écrits par des poètes autoproclamés qui ne méritent pas, à mon avis, d’être appris par cœur. Pour composer un poème, il faut que chaque mot soit sélectionné, pesé, qu’il chante avec ses voisins ; que le choix des termes, la musique de la rime, la perfection du mètre fasse naitre une véritable émotion.

J’ai trouvé tout cela dans la plupart des chansons d’Anne Sylvestre alors mes élèves apprendront, en mai prochain, Le ptit grenier. En Histoire, nous en serons à la Deuxième Guerre mondiale et cette chanson évoque le sort des enfants juifs qui devaient vivre cachés.

Je suis fan, depuis mon adolescence, du répertoire adulte d’Anne Sylvestre. Si vous ne le connaissez pas, j’espère que cette chanson vous donnera envie de le découvrir.

Le ptit grenier

Vous y grimpiez par une échelle
Qu’on installait dans l’escalier
Finis tous vos jeux de marelle
Et vos parties de chat perché
Quand vous y montiez par surprise
C’était en étouffant vos pas
Il fallait alors porter Lise
Et Sarah qui ne marchaient pas

Moi, j’ai le cœur tout barbouillé
Quand vous parlez du p’tit grenier

Quand on avait fermé la trappe
Il fallait, on vous l’avait dit,
Que pas un cri ne vous échappe
Silencieux comme des souris
Le plafond était tout en pente
Et David se tenait penché
On y voyait par quelques fentes
Le ciel et un bout de clocher

Moi, j’ai le cœur tout barbouillé
Quand vous parlez du p’tit grenier

Vous taire n’était pas facile
Mais vous l’aviez bien vite appris
Inventant des jeux immobiles
Pour occuper les plus petits
Parfois ce n’était qu’une alerte
Et vous pouviez dégringoler
Bondir par la fenêtre ouverte
Comme des cabris déchainés

Moi, j’ai le cœur tout barbouillé
Quand vous parlez du p’tit grenier

On vous avait mis à l’école
Et vous aviez compris que vous
Vous appeliez Georges et Nicole
Sans jamais vous tromper surtout
Ainsi se passait votre enfance
Sans nouvelles de vos parents
Vous ne mesuriez pas la chance
Que vous aviez d’être vivants

Moi, j’ai le cœur tout barbouillé
Quand vous parlez du p’tit grenier

Enfants, vous que partout les guerres
Viennent broyer comme en passant,
Vous qui semblez être sur Terre
Pour payer la haine des grands,
Qu’un jour on voie pourrir les armes
Et les soldats inoccupés
Que sur le ruisseau de vos larmes
Voguent des bateaux de papier

Que plus jamais vous ne deviez
Vous cacher dans des p’tits greniers

Anne Sylvestre

2016-2-20 19:23:00
Cycle III Français

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