Parler des attentats aux 3-10 ans : questions-réponses

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Le MEN a publié un document pour nous aider à parler à nos élèves des terrifiants attentats de Paris. D’autres documents ont été publiés à l’initiative d’éditeurs, Bayard  par exemple. Il me semble que la meilleure source d’information vient des Cahiers Pédagogiques, qui ont publié dès hier, samedi, un article qui recense les ressources pour nous aider à en parler aux élèves. Ils enrichissent l’article en temps réel. Je ne ferai pas mieux. C’est là : Clic pour l’article des Cahiers Pédagogiques.

J’ai, de mon côté, cherché des réponses à certaines questions que je me posais. Je vous livre ces questions, et les réponses trouvées (avec leur source).

Faut-il devancer les questions des enfants ? En parler en classe même si aucun élève n’aborde le sujet spontanément ?

Là, il semble que les psychologues soient unanimes : oui, il faut aborder le sujet même si les élèves n’en parlent pas. Selon eux, cette parole contrôlée, paisible, factuelle, constructive, fera du bien aux enfants en évitant de les laisser seuls avec des bribes de conversation attrapées à la récré, interceptées entre adultes ou, pire, avec les images de la télé.

MAIS ils disent aussi : « Évitons de parler à leur place, de leur donner des explications ou des descriptions. »

Conclusion : Amener le sujet en classe même si les élèves n’en parlent pas, écouter leurs réactions, leurs questions, mais ne pas les devancer. Démarrer par un moment d’écoute (bien encadré dans la prise de parole) est indispensable.


Que faut-il éviter de dire ?

1. Éviter d’utiliser le mot « fous » : « pour que les plus petits ne fassent pas d’amalgame avec le monsieur un peu borderline qui chante été comme hiver à son balcon. Inutile de les pousser à se méfier de tous. » 

2. Éviter tous les détails sanglants : « dire la vérité qui est terrible, sans paniquer, parler le plus sobrement possible (…) Pas de détails sur la violence des assauts, l’aveuglement des tireurs, ni les mouvements de panique, ni les attaques suicide. » « S’ils posent des questions sur le sang, les morts, on leur dit que c’est suffisamment grave, qu’on n’a pas envie d’aborder ces aspects-là ».


Comment rassurer les enfants ?

  1. En PS-MS (3-4 ans), il n’est pas forcément nécessaire de parler de l’attentat lui même. Il faut juste dire que les grands sont inquiets parce qu’il s’est passé quelque chose de grave, mais maintenant c’est terminé, et ce n’est pas de leur faute (cf. Vidéo de Serge Tisseron, ci-dessous)
  2. Situer, borner l’évènement dans l’espace et le temps. Dire aux enfants que, certes, la télé continue à en parler, mais que l’attentat lui-même est terminé. Montrer une carte pour situer les faits. Montrer le calendrier.
  3. Dire qu’en France, il y a des militaires, des pompiers et des policiers, qui sont là pour nous protéger, des médecins qui nous soignent Ils sont en train de s’organiser pour que nous soyons tous en sécurité. Dire que tous les gens qui étaient blessés ont été amenés très vite à l’hôpital et sont soignés parce que les pompiers et les médecins sont bien organisés en France.
  4. Montrer les mobilisations de réprobation et les gens qui s’entraident (médecins volontaires, gens qui donnent leur sang, Parisiens qui ouvrent leur maison, bougies allumées un peu partout) et les pays du monde qui réagissent (photos des monuments du monde en bleu-blanc-rouge).
  5. « Rendre les élèves actifs (dessiner, écouter/lire une histoire, dialoguer, débattre, écrire…) pour libérer la parole, tout en acceptant l’attitude d’un élève qui ne souhaite pas s’impliquer ».
  6. … Et surtout, reprendre très vite le cours normal de l’école. Agnès Florin dit : « Il faut bien garder en tête que l’école en soi soigne. Il faut retourner à l’école et que la vie normale reprenne. Que l’école reprenne le cours normal de son fonctionnement est important pour la sécurité psychologique des enfants. »(Voir aussi, en bas de cet article, l’avis de Michel Rufo : leur dire qu’eux et leurs proches ne risquent rien, prendre le risque de l’optimisme)

Faut-il utiliser le mot « guerre » quand on parlera des attentats aux enfants ?

Oui, selon une psychothérapeute. Selon elle, « l’expression « acte de guerre » permet de comprendre pourquoi il y a tant de militaires en arme dans la rue. »
« Les termes « mort » et « guerre » peuvent être utilisés car, même s’ils sont violents, ils permettent de délimiter le drame et de le circonscrire à des choses que les enfants comprennent. Si l’adulte évite ces mots et tourne autour du pot, l’enfant risque encore plus de fantasmer des choses qu’il pense  innommables. »

Personnellement, je pense que cela dépend de la localisation de l’école et de l’âge des enfants. Pour moi, qui suis à la campagne (où on ne voit pas de militaires), je crois que j’éviterai quand même ce terme.


Faut-il parler de Daech, de la Syrie ?

Aux cycles 1 et 2, inutile de parler de Daech, des exactions des jihadistes en Irak et en Syrie, de religions ou de la diplomatie de la France, une leçon de géopolitique n’ajoutera qu’à la confusion d’enfants trop jeunes pour comprendre.

Pour les plus grands, qui vont demander ou se demander pourquoi des terroristes s’en prennent à la France, on peut leur répondre très simplement : « pour faire peur et imposer leurs idées ».


Combien de temps consacrer à cet échange ?

Là, les recommandations divergent. Dans le même document, sur Eduscol, le ministère se contredit. Il impose « un échange d’au moins une heure » au début du document, puis dit quelques lignes plus tard, dans le paragraphe dédié au primaire : « s’inscrire dans des moments brefs et de ne pas interroger les élèves au-delà de leur propre disponibilité et volonté d’expression. »

Le statut du premier paragraphe (« Comment organiser le dialogue« ) n’est pas bien clair. Il cite l’école élémentaire, mais semble avoir été rédigé pour le secondaire. Bref. Personnellement, je vais faire comme si je n’avais pas vu cette injonction « d’une heure minimum » qui ne me semble pas adaptée à mes élèves. Je prendrai… le temps qu’il faudra.


À partir de quel âge faut-il faire une minute de silence ?

Cette minute de silence, c’est notre manière d’exprimer notre réprobation de manière unie. C’est aussi un moment de recueillement. J’ai trouvé peu d’informations sur l’âge auquel elle est appropriée. Le MEN laisse entendre dans son document qu’elle n’est pas adaptée aux plus jeunes élèves. Dans le paragraphe qui évoque ce dispositif, l’école maternelle n’est même pas citée : « Une même démarche de minute de silence ne peut avoir de sens de la même manière à l’école élémentaire, au collège ou au lycée. »

Personnellement, j’interprète cette dernière phrase comme une invitation à mettre en place cette minute de silence principalement à partir du cycle 3, à l’âge où les élèves peuvent commencer à se sentir membres d’une nation, et pas seulement d’une famille ou d’une école. C’est à cette condition que ce silence, s’il a été préparé, peut faire sens dans le cadre d’une grande action nationale. Avant 7 ans, il me semble que le silence est plus anxiogène que rassurant (mais cet avis n’engage que moi, et rien ne dit que je n’en changerai pas).


Que répondre à « qu’est-ce qu’on peut faire » ?

« La fraternité et la solidarité sont les seules réponses possibles. »


Extrait d’un entretien avec Marcel Rufo publié par Milan Presse ici 

Que répond-on à un enfant qui pose la question : « Est-ce que ma famille peut être touchée ? »

Il faut lui dire : « Non, je suis là pour te protéger, et personne ne nous fera de mal. » Quand on est adulte, on a le droit d’avoir des craintes, c’est normal. Mais nous n’avons pas à transmettre nos craintes à nos enfants. Surtout que, souvent, ces craintes sont irrationnelles. Il faut savoir quelle est la part de risque à prendre. Et le risque d’être optimiste est certainement moins dangereux pour l’enfant que le risque d’être pessimiste.

Peut-on regarder les actualités à la télévision, le soir, avec ses enfants ?

Je pense que le moment est venu pour les parents d’éteindre la télévision et de parler vraiment. Comme pour la minute de silence, faisons quelques jours de silence télévisuel.

Et la radio ?

La radio est plus intimiste, on peut écouter la radio en pensant. Je crois que la radio est moins menaçante que l’aspect hypnotique de la télévision. Les images peuvent hanter les enfants.

En tant que clinicien, vous voyez souvent des enfants choqués par l’actualité ?

J’ai vu des parents qui m’ont amené leurs enfants car ils n’avaient pas dormi. Les enfants avaient peur de méchants qui viennent avec des fusils chez eux. Mais ça fait partie des phobies de l’enfance, de croire ça. On pense toujours qu’il y a un méchant qui se cache de l’autre côté de la porte. Ça fait partie du développement normal de l’enfant. J’ai beaucoup rassuré ces parents en disant que les évènements avaient un peu accentué une dimension de peur naturelle chez l’enfant.

Ces attentats ont touché toutes les notions de plaisir de l’enfant : aller à une manifestation sportive avec ses parents ; aller écouter de la musique ; aller au restaurant, manger dehors, être festif, ça renvoie aux enfants tués dans l’école à Toulouse et au meurtre des dessinateurs qui sont les vedettes des enfants. On ne peut pas dire que les enfants ne sont pas au courant. Les enfants participent avec le reste de la nation à l’émotion, à l’effroi, à la peine. Ils sont avec nous et non pas en dehors de nous. Il faut donc les accompagner en tant que parents responsables.

En savoir plus : http://www.milanpresse.com/famille/comment-parler-des-attentats-aux-enfants

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Sources :

Psychologue Serge Tisseron

Catherine Jousselme, Pédopsychiatre (Bayard)

Psychologue Claude Halmos, sur France Info

Le Parisien, qui cite la psychothérapeute Hélène Romano, spécialistes de la gestion des traumatismes, sur BFM TV

2016-3-22 16:15:00
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