Le jeu Feelings : que d’émotions !

Le jeu Feelings : que d'émotions !L’an dernier, je vous parlais du jeu Feelings. Je remonte et nettoie cet article parce qu’il vient de remporter un des labels « Jeu éducatif » décerné au FLIP de Parthenay (Festival International du Jeu).

Depuis la rentrée 2015, les programmes d’EMC ont changé :  BO spécial du 25 juin 2015 (clic).

Le premier item de ces nouvelles instructions est libellé de la manière suivante :

La sensibilité : soi et les autres. Identifier et exprimer en les régulant ses émotions et ses sentiments. S’estimer et être capable d’écoute et d’empathie.

Ainsi, on nous demande de travailler avec les élèves sur leurs émotions. Leur apprendre à les reconnaitre, à « mobiliser le vocabulaire adapté à leur expression ». Il s’agit aussi d’apprendre à nos élèves à faire preuve d’empathie. Ce n’est pas simple, mais c’est essentiel pour qu’ils voient grandir leurs « compétences sociales ». L’enjeu, c’est la lutte contre les discriminations, le harcèlement, les violences de tout type. On a du boulot.

Et c’est pourquoi je me félicite de la découverte du jeu Feelings, et de son adaptation en classe entière :

Le jeu Feelings : que d'émotions !

 

 

Feelings, c’est un jeu de société, inventé par le créateur du jeu Dixit.

Avec Feelings, 4 à 8 joueurs jouent à essayer de deviner l’émotion ressentie par leur  partenaire dans une situation donnée.

J’explique.

Sur la table de jeu se trouvent des émotions (piochées au hasard). Trois positives (par exemple: je suis fier, je suis amusé, je suis satisfaite, je suis émerveillé, je suis joyeux…), trois négatives (je suis déçu, je suis inquiet, je suis en colère, je suis triste…), et deux neutres (je suis étonné, je suis touché, je suis curieux…).

Ensuite  le meneur de jeu pioche une carte, lit pour lui les trois situations qui s’y trouvent, en choisit une et la lit à tous les joueurs :

Le jeu Feelings : que d'émotions !

 

Par exemple (exemples tirés des cartes du niveau « écoliers ») :

  • Tu vois ton meilleur ami en train de voler le crayon d’un élève que tu n’aimes pas
  • Ta grande soeur veut devenir maçon
  • Tes parents t’annoncent que tu vas avoir un petit frère
  • Une élève que tu n’aimes pas se fait insulter parce qu’elle porte des lunettes.
  • Ton ami dort avec un doudou et l’emmène tous les jours à l’école
  • Ton équipe préférée gagne la finale sur une tricherie

Je m’arrête tout de suite sur ces situations. Là où elles sont très riches (le jeu a été créé par des soignants auprès de jeunes, en psychiatrie, en ITEP…), c’est qu’elles induisent toutes énormément de réactions possibles. Il n’y a pas une seule « bonne » réponse. Il y aura forcément échange, débat.

Reprenons le jeu, car c’en est vraiment un.Le jeu Feelings : que d'émotions !

Chaque joueur réfléchit à sa propre réaction dans le cas entendu et, au moyen d’une petite carte-numéro, l’indique secrètement.

Puis des paires sont formées au hasard entre les joueurs (ces paires changent à chaque tour) et chaque joueur doit essayer de deviner quelle émotion son partenaire-d’un-tour a choisie. 

Vient le moment de retourner les cartes pour dévoiler les numéros. Chaque joueur marque des points s’il a bien deviné l’émotion de son partenaire. Au moment de ce tour de table, il y a forcément échange : « moi ça m’amuse parce que… », « j’ai dit que j’étais étonné parce que... », « j’ai pensé que tu serais déçu parce que…« . Et cet échange est vraiment très riche.

Et on passe à la situation suivante (il y a plusieurs séries de situations, en fonction de l’âge des joueurs : écoliers, ados ou adultes).

 

Comment jouer en groupe classe ?

Bien sûr, si vous avez la possibilité de jouer à Feelings avec la vraie rLe jeu Feelings : que d'émotions !ègle, en petit groupe, en atelier, en aide perso, que sais-je… c’est extra. Mais ce n’est pas facile au quotidien de dégager du temps pour travailler par quart de classe pendant que les trois quarts sont en autonomie. Surtout pour ce type de jeu qui va forcément distraire les élèves en autonomie. 

Au Flip de Partenay, j’ai rencontré Olivier, l’auteur du blog « Enchantons l’école« , qui a déjà travaillé en classe (CM1) avec Feelings. Il vous explique ici les pistes qu’il a explorées.

De mon côté, j’ai aussi réfléchi à un dispositif en groupe classe. C’est très proche de ce qu’Olivier a fait. J’ai souhaité :

  • pouvoir jouer en groupe classe
  • conserver l’aspect ludique
  • susciter des débats, des échanges dans la classe

Pour cela :

  • j’ai fait deux grandes équipes dans la classe.
  • A chaque tour de jeu, chaque équipe a désigné un Ambassadeur.
  • On a affiché au tableau, ou au TBI, 8 émotions (que j’avais sélectionnées pour l’occasion). Chaque émotion était numérotée.
  • On a lu une situation à toute la classe.
  • Chaque élève a écrit secrètement sur son ardoise le numéro de l’émotion qu’il avait choisie. 
    L’Ambassadeur, lui, a essayé de deviner quelle serait l’émotion majoritaire de son équipe.
  • Quand tout le monde a choisi son émotion, j’ai commencé  par interroger les Ambassadeurs qui ont expliqué quelle émotion ils avaient retenue pour être, à leur avis, majoritaire.
  • Puis, au signal, tous ont levé leurs ardoises. J’ai compté les voix reçues par chaque émotion (on peut utiliser l’app Plickers dont je parle ici). Puis j’ai laissé les élèves expliquer pourquoi ils avaient choisi telle ou telle émotion et engager un échange. Ce débat qui a suivi chaque situation était une des phases les plus intéressantes du jeu.
  • L’équipe a marqué des points si l’Ambassadeur a bien deviné l’émotion majoritaire de son équipe.

 

Foire aux questions 

Combien de temps dure une partie en classe entière ?

Dans ma classe, on a joué sur une ou deux situations par séances, pas plus, donc entre 10 et 20 minutes. Tout dépend du nombre de situations que l’on joue.

Comment se procurer le jeu ?

Il est tout nouveau. Pour l’instant, il est distribué par correspondance là : clic

Le jeu est cher...

(Réponse du créateur au com #11) Le prix doit être réajusté par l’informaticien (en vacances) soit 45 euros le jeu + 10 euros frais de port (qqs soit le nombre de boites).

Ce serait bien si on pouvait ajouter des situations vécues dans la classe...

Justement, on peut. Sur le site Feelings.fr (clic), vous pouvez créer gratuitement les situations dont vous avez besoin pour les élèves (et avec eux), les imprimer via le site avec l’imprimante de l’école (conseil: les plastifier) et ainsi les ajouter au jeu initial.

2016-7-13 11:50:00
Cycle III Autres

1 Commentaire

  1. Kat35

    Charivari, toujours là quand on a besoin d’elle… ^^
    Depuis que j’ai assisté à la conférence de Mme Bonneton-Botté à Rennes le 9 novembre dernier – organisée par qq circo dont la notre, oui parfois, les anim’ péda sont vraiment intéressantes !! – je suis devenue convaincue que la réforme de l’école que nous attendons tous (à savoir : mais que nous arrive-t-il ? nous ne nous sentons plus à notre place, les élèves ont changé, les parents n’en ont rien à faire, notre travail n’est pas considéré, nous ne sommes plus respectés, etc. etc.) passera par la mise en place de l’école « bienveillante » et le travail dans TOUTES les écoles sur le climat scolaire… Et j’en viens au sujet de ton article : il nous faut dans nos classes prendre en compte les émotions de nos élèves car aujourd’hui, l’autorité seule de l’enseignant n’est plus le garant du bon fonctionnement de la classe. On en fait les frais tous les jours… Attention, ces quelques phrases sont HYPER réductrices des explications et du discours que nous avons reçu ce jour-là, il faut vraiment assister et participer à ce genre de conférence pour bien saisir tout ça. Moi, avant, j’y étais déjà sensible, mais là, j’ai perçu la nécessité de remettre en cause nos pratiques par ce biais-là.
    Donc les émotions, l’estime de soi, oui, oui, oui, tout ça tout ça !! Et par le jeu, encore mieux ! Clic. Un cadeau de plus dans la hotte cette année… 😉
    Bon, en fait, je suis tombée là car je cherchais aussi si ça pouvait exister un tableau de la « météo des enfants » comme j’ai vu hier dans le film « Ma vie de courgette ». J’ai trouvé la « roue du moral » de Jack, et autre dispositifs « bricolés », mais je me disais que si des vrais tableaux tout-faits-jolis-bien-décorés existaient dans le commerce, je crois que j’aurais bien envie d’investir… Dis, Charivari, toi qui connais et as déjà testé plein de choses, tu n’aurais pas vu ça ?
    Voilà l’objet de mon post en fait. Merci !

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *