La poésie au cycle 3

J’ai choisi notre 4e poésie de l’année : la semaine prochaine, mes élèves apprendront « Voici Noël » de Pierre Gamarra. Je ferai la même sur les deux niveaux (CM1 et CM2).

Je programme deux poésies par période donc une poésie sur 3 semaines : 2 semaines pour l’apprendre en entier (en 4 ou 6 fois), et une semaine pour travailler plus particulièrement l’interprétation. Cela fait un rythme assez soutenu, mais cela me permet de tenir ma cible de 10 textes par an (c’était celle des IO 2008 je crois).

Pour moi, c’est important, la poésie.

D’abord, c’est important que les élèves prennent confiance dans leur capacité à mémoriser. Qu’ils trouvent chacun leur propre stratégie, adaptée à leur type de mémoire, et qu’ils entrainent cette mémoire comme un sportif fait du jogging.
Les premières années, quand un élève avait du mal à apprendre ses leçons, il m’est arrivé de proposer à ses parents de ne pas apprendre les poésies, pour alléger le travail du soir. L’an dernier, une orthophoniste m’a contredite auprès des parents d’une élève en difficulté : non, il ne faut pas baisser nos exigences sur le travail de mémorisation. Plus on apprend, mieux on apprend. Ce n’est pas un service à rendre à des élèves, avant l’entrée au collège, de décider de ne pas leur faire apprendre trop de textes.

J’aime aussi la poésie pour travailler l’expression orale, la diction. Je ne sais pas comment c’est dans vos classes, mais chez moi, j’ai un sacré boulot pour apprendre aux élèves à parler à intelligible voix : articuler correctement, parler assez fort, c’est un combat quotidien !

J’aime enfin la poésie pour le plaisir des mots. Pour découvrir comment les poètes les choisissent, les assemblent pour les faire chanter. N’importe quel texte qui rime n’est pas poésie. La poésie doit faire naitre une émotion. Les élèves sont sensibles à cette émotion. On essaie de la nommer, de la mettre en voix. Certains élèves révèlent de vrais talents d’interprétation et leur public (la classe) apprécie.

Jusque-là, donc, mes CM2 ont appris une fable de JP Claris de Florian (le danseur de corde et le balancier), une de Prévert (Chanson des escargots qui vont à l’enterrement), et une d’Hugo (Jeanne était au pain sec).

Tous les élèves ne sont pas forcément interrogés sur toutes les poésies. Cela prend trop de temps et c’est vraiment fastidieux d’écouter 30 fois le même texte. J’interroge au hasard 4 élèves, deux fois par semaine. Un élève peut très bien être interrogé deux fois si bien que tous ne sont pas certains d’être interrogés. En revanche, une fois par période, je demande aux élèves de revoir toutes les poésies apprises depuis le début de l’année (ils rebrassent donc toutes les poésies 5 fois dans l’année pour arriver à 10 poésies en juin), et ils piochent un texte au hasard. Cela permet de travailler la mémorisation à long terme, qui n’est, à mon avis, pas assez travaillée à l’école. Les élèves se rendent compte que pour savoir bien quelque chose, il faut le revoir plusieurs fois, à plusieurs semaines (ou mois) d’intervalle. Les textes appris ainsi peuvent être retenus toute la vie (je me souviens encore de beaucoup des poésies apprises quand j’étais enfant, où, dans mes classes, les enseignants faisaient ainsi revoir les textes toute l’année).

Au début de ma carrière, je faisais choisir les élèves parmi un recueil de textes autour d’un thème ou d’un auteur. Cela permet d’augmenter aussi le nombre de textes rencontrés puisque les élèves, en plus d’apprendre un texte, en écoutent d’autres. Pourtant, je ne le fais plus parce que, au CM1 ou CM2, les textes classiques ne sont pas toujours simples à comprendre et on ne peut pas autant travailler la compréhension sur 5 ou 6 textes que sur un seul.


Nos échanges (extraits des commentaires)

« Je ne sais pas si je vais réussir à ne pas tous les faire passer pour chaque poésie car il me semble que certains seraient vraiment déçus… » 

Je vois ce que tu veux dire. Pendant la 3e semaine, j’interroge d’abord les volontaires, ainsi je crois que je limite les frustrations (et je donne l’occasion à ceux qui ne la savent pas encore bien de la réviser en écoutant les camarades)…

C’est top, je partage :

15 Commentaires

  1. MarionZ

    Merci ! Votre façon de faire est intéressante. Je regrette de ne pas leur laisser choisir leur poésie (parfois seulement entre 2 ou 3), car il me semble, comme vous, important de travailler avec eux le texte, ce que je n’arrive pas maitriser si tous en choisisse une différente. Et puis, il est important aussi que la classe ait une petite culture commune. Je ne sais pas si je vais réussir à ne pas tous les faire passer pour chaque poésie malgré le côté fastidieux pour eux comme pour moi car il me semblent que certains seraient vraiment déçus et que d’autres ne feraient pas l’effort de l’apprendre si ils ont ne serait-ce qu’une toute petite chance de ne pas être « interrogé » mais je vais essayer je crois et surtout je vais adopter le rebrassage des poésies 2 fois dans l’année, pour le travail de mémorisation bien sûr vous avez raison et pour le plaisir ! Je vois déjà certains de mes élèves espérer tomber sur LA poésie qu’ils ont le plus aimé et/ou travaillé !
    J’ai aussi l’intention de profiter de l’apprentissage rituel de poésie pour que l’une d’entre elle au cours de l’année soit, pour le coup, choisie par eux à la bibliothèque si possible, ce sera l’occasion de les laisser choisir pour une fois et d’y associer un travail de recherche.
    Pour l’heure, je vous « pique » celle de Pierre Gamarra, mes élèves m’ont « commandé » une poésie sur Noël alors elle tombe à pic ! Bon ils vont la trouver trop longue, je le sais d’avance mais comme pour une fois, c’est eux qui l’ont réclamé, je vais en profiter ^^
    Bonne journée !

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    1. charivari (Auteur de l'article)

      Ne pas interroger tout le monde : je vois ce que tu veux dire. Pendant la 3e semaine, j’interroge d’abord les volontaires, comme ça je crois que je limite les frustrations (et je donne l’occasion à ceux qui ne la savent pas encore bien de la réviser en écoutant les camarades).

      Culture commune : oui, tu as raison de le souligner

      Rebrassage 2 fois dans l’année : en fait je le fais à la fin de chaque période, donc 5 fois.

      Poésies longues : au CM, je ne fais quasi que des poésies longues. Tu peux aller voir le danseur de corde, Jeanne était au pain sec, la chanson des escargots, ce sont des poésies qu’ils n’apprennent pas « sans s’en apercevoir », comme cela peut arriver au CE1 ou CE2 où ils rentrent à la maison en connaissant déjà le texte. AU début, ils ronchonnent, mais la plupart y arrivent (tous ceux qui s’y mettent vraiment) et ils prennent confiance. Ils savent qu’il faut s’y prendre à l’avance, apprendre petit à petit, revoir souvent…

    2. MarionZ

      Oh merci pour ce complément d’info ! 5 fois : encore mieux, c’est un bon timing les fins de périodes (ou en début ? comme ça, ils ont toutes les vacances pour les revoir, ça peut rassurer au début peut-être…)
      Je suis déjà allée voir vos autres poésies et elles sont déjà « enregistrées » pour plus tard, je n’en connaissais aucune, belles découvertes.
      Et je dois avouer que je connais votre point de vue sur les longues poésies, je vous ai déjà « piqué » la guenon, le singe et la noix » pour cette rentrée précisément et c’était très intéressant de l’étudier avec eux 🙂 en plus je me souviens l’avoir apprise moi-même à l’école. Quoiqu’il en soit je partage votre avis et vous me permettez d’oser avec mes élèves des poésies plus complexes, plus longues… mais je crains toujours de les décourager, de ne pas réussir à leur donner le goût des jolis textes, on avance petit à petit !

    3. charivari (Auteur de l'article)

      La guenon le singe et la noix, mes collègues la font au CE2 désormais.

      Si tu hésites, peut-être que tu peux les aider à apprendre la première, même longue, comme on le fait au CE ? On affiche la strophe à apprendre, on efface les mots petit à petit et on lit la strophe en entier malgré les mots effacés progressivement… Ensuite on récite tous ensemble, en partageant la classe en deux, en 4, en demandant à chaque partie de réciter un vers à tour de rôle.

      Si tes élèves ont du mal à apprendre, je trouve qu’il faut mieux les accompagner, leur montrer que c’est possible, leur donner de stratégies, les aider à apprendre par petit bout en donnant quelques vers supplémentaires chaque jour (…), bref, leur apprendre à apprendre, plutôt que de leur donner des textes courts de peur de les effrayer.

      [Pour le « rebrassage », je préfère le faire en fin de période : c’est ce qui me sert d’évaluation. Et je ne donne rien à apprendre pendant les vacances, juste de la lecture.]

    4. MarionZ

      On apprend toujours ensemble la première poésie de l’année de toute façon, même avec mes CM2, après je les laisse faire à la maison et j’essaie de guetter si certains ont encore besoin d’aide, je crois que c’est plus une histoire de motivation que de véritables soucis d’apprentissage pour mes élèves cette année, je crois que je vais simplement leur faire confiance, et tenter de leur montrer qu’ils peuvent eux aussi se faire confiance comme vous l’avez si bien dit, si découragement il y a, j’aviserai à ce moment là 🙂
      Je vais suivre votre façon de faire, je ferai le rebrassage en fin de période. Les devoirs…. Vaste sujet ! Je m’interroge toujours beaucoup sur la quantité et la fréquence adéquates…

    5. charivari (Auteur de l'article)

      Oui, moi aussi. C’est d’autant + compliqué que tous n’ont pas les mêmes capacités, certains retiennent très vite, d’autres ne sont pas autonomes du tout, d’autres n’ont pas la possibilité de s’isoler dans un endroit calme pour apprendre… Pour certains, 1 verbe, un morceau de poésie et une leçon de grammaire, c’est très vite appris. Pour d’autres, c’est presque insurmontable.
      Cette année, nous avons une demi-heure d’étude chaque soir, entre la fin de l’école (15h10) et le passage du car de ramassage (16h). C’est vraiment intéressant de voir comment ils se mettent au travail, comment ils arrivent à se concentrer, à apprendre seuls…

    6. MarionZ

      Oui j’imagine ! Merci pour vos retours en tous cas 🙂

    7. charivari (Auteur de l'article)

      Si tu continues à me vouvoyer, j’te cause ‘pu.
      😀

    8. MarionZ

      ah ben non alors je ne prends pas le risque ! et pour preuve : je te remercie encore un coup, du coup !

    9. charivari (Auteur de l'article)

      😆 Ça ira pour cette fois, mais que je ne t’y reprenne plus !!

  2. Stef76

    Merci pour cet article.

    L’an dernier avec mes CM1-CM2, je n’ai fait que 5 poésies et je me suis rendu compte, en feuilletant le cahier de ma nièce, qu’elle avait appris certains de ces textes au CE1 ou CE2. Bref, j’ai fait des poésies faciles, et jamais de grands textes classiques comme ceux dont tu parles.
    J’ai toujours peur que ce soit trop difficile. Et moi aussi, j’imaginais que c’était indispensable d’interroger tout le monde sur chaque texte. Alors ça prend un temps fou et je ne fais d’une poésie par période, dans le meilleur des cas.

    Je vais « revoir ma copie ». Je pense que tu as raison : moins on en fait, moins ils savent apprendre. Je n’ose imaginer la tête des miens si je leur faisais apprendre les poésies que tu as citées : plus de 25 vers en alexandrins (!) Déjà un sonnet (14 vers), ils font la tronche. Mais en y réfléchissant, je suis sure que tu as raison. Je les surprotège, et au final, ils ne savent pas apprendre et ils ne savent même pas qu’ils en sont capables…

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  3. Zaotitus

    J’adore leur proposer des textes longs : ils rechignent d’abord mais quand ils se rendent compte de ce qu’ils sont capables ! Quelle fierté ! Et ils demandent d’aller dire « la tirade des nez » à la classe voisine ; on ose des mises en scène, on applaudit « La pomme de Picasso » de Prévert, et une des plus difficiles à retenir « Déménager » de Perec.
    Charivari je vais sûrement d’emprunter celle de Tamara pour Noël. Merci pour ton article.

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  4. Paola

    Je suis en ce moment en pleine interrogation avec ma classe. Sur 25 élèves, il y en a 10 qui apprennent sérieusement leurs poésies. Je leur donne aussi 3 semaines pour l’apprendre. Ils choisissent tous un texte différent.
    A la lecture de ton article, je vais peut- être profiter de la période de noël pour leur proposer une même poésie pour tous et les aider à apprendre. Merci beaucoup

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    1. charivari (Auteur de l'article)

      « Tous un texte différent », c’est beaucoup plus difficile puisqu’aucun n’est aidé par les récitations des autres (quand les copains récitent, cela aide vraiment à mémoriser). Ils sont vraiment tout seuls… sans compter que tu ne peux absolument pas travailler avec eux la compréhension. Je ne trouve pas étonnant que ce soit difficile pour tes élèves. J’imagine que ceux qui ont des parents plus présents/instruits soient grandement avantagés, ce qui n’est pas terrible non plus. Ce n’est pas « juste » d’enfoncer un peu plus les enfants dont les parents ne veulent pas / peuvent pas les aider, alors que c’est bien à nous, les maitre.sses, d’expliquer les textes.

      Sinon, ici, je leur fais apprendre en deux semaines. La troisième semaine n’est dédiée qu’au travail d’interprétation (et la la re-re-révision). C’est moi qui découpe la poésie en 4 ou 6 et je les interroge donc 2 ou 3 fois par semaine (j’en interroge 4). Là encore, cela les oblige à ne pas tout apprendre d’un coup, et, d’entendre les autres, cela permet de réviser tous ensemble. Souvent, je donne des textes différents aux CM1 et CM2 mais les plus attentifs connaissent les deux textes à la fin des trois semaines.

  5. Fred

    De mon côté,je ne fais en commun que la première poésie de l’année. Ensuite, à la fin de chaque période, je leur distribue une feuille de poésies (une petite dizaine généralement) et on fait une séance de lecture compréhension assez basique (entourer les mots qu’on ne comprend pas, les expliquer, reformuler la poésie avec ses mots et dégager une ou deux idées importantes + quelques idées d’illustration). Les dates de récitation pour chaque élève sont décidées en même temps pour toute la période suivante.
    Je fais passer deux élèves par jour minimum. Ils ont un objectif d’étoiles (9) par semestre (j’avais trouvé ça sur un blog je crois). On décide ensemble du nombre d’étoiles attribué à chaque poésie, selon sa longueur et/ou sa difficulté, ça se joue généralement entre 1 et 3 étoiles. Pour Chanson des escargots.. donnée cette période, elle était vraiment longue donc valait 4 étoiles, exceptionnellement.
    Cette année, j’ai une classe particulièrement peu autonome/responsable et avec beaucoup d’élèves en difficulté importante et le début a été compliqué, mais ça y est, ça roule. (25 cm2 rep) Je demande en plus un investissement dans les illustrations et même les garçons les plus récalcitrants s’y sont mis (avec plus ou moins de succès) : collages, découpages, volume, paillettes, tout y passe… ( j’organise en parallèle un concours de cahiers de poésie deux fois par an, ça les motive bien).
    (là ils ont tous entre 5 et 12 étoiles à l’exception d’une élève).

    Je note l’idée du rebrassage des textes que je trouve super intéressante !

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