Education, mots magiques et rôle des enseignants

Un tract de SOS Éducation circule sur internet. Son auteur fait la morale aux parents et leur rappelle doctement qu’ils doivent faire leur boulot et apprendre le savoir-vivre à leurs enfants.

En tant que maman, je suis mal à l’aise avec ce tract.
L’auteur dit « nous », laissant croire que tous les professeurs se joignent à lui. En tant que professeur, je ne m’associe pas à ce discours. Être prof ne fait pas de moi une super-maman, pas plus que cela ne me donne le droit de donner des leçons aux autres parents.

Certes, nous, parents, devons apprendre le savoir-vivre à nos enfants…
Mais nous, profs, qui passons toute la semaine avec les enfants des autres, nous devons continuer à tenir ce même discours, à répéter les mêmes messages, à tirer dans le même sens auprès de nos élèves. Aussi. C’est normal.

Je me souviens de mes années collège. Dans mon collège, qui était pourtant tout plein d’enfants de « bonne famille », aucun prof ne considérait que ce n’était pas son boulot d’éduquer les enfants. Les profs reprenaient les élèves dont la posture n’était pas correcte, ceux qui ne disaient pas Bonjour Monsieur ou Merci Madame, et même ceux dont les cheveux étaient mal coiffés, ou qui tenaient mal leurs couverts à table (j’étais dans le privé, au collège). Les profs assumaient, pleinement, leur rôle d’éducateur.

Je ne crois pas que les parents d’aujourd’hui aient démissionné. Autour de moi, dans mes amis et parmi les parents de mes élèves, je vois des parents qui font ce qu’ils peuvent avec leurs petits bras musclés. Je vois des parents qui essaient, comme tous les parents, de trouver la juste mesure dans l’exigence. Des parents qui s’en fichent, j’en vois vraiment peu.

Mais je vois aussi, parfois, des profs qui passent à côté d’élèves qui parlent mal, sans les reprendre, comme si ce n’était « pas leur boulot ».
J’en vois qui ne disent pas bonjour à un élève qu’ils croisent dans les couloirs du collège.
J’en vois qui raccompagnent les élèves à la grille sans leur dire au-revoir.
Et c’est parfois ceux-là qui, arrivés en salle des profs, se plaignent du manque de savoir-vivre de leurs élèves.

Il y a cinquante ans, les profs faisaient beaucoup plus d’éducation qu’aujourd’hui. Songez qu’ils vérifiaient que les écoliers avaient les oreilles propres avant d’entrer en classe…
Ils ne se plaignaient pas que les parents ne faisaient pas leur travail de parent. Ils faisaient simplement, eux, leur boulot de prof, d’éducateur.

Certes les enfants ont changé. Les parents ont changé. Mais les profs ont changé aussi. Ne mettons pas tout sur le dos des parents.

C’est top, je partage :

22 Commentaires

  1. Ayleen & Kyban

    J’évite, en général, les polémiques. Mais je dois bien avouer que c’est agréable de se retrouver dans tes propos engagés. Merci d’avoir écrit cet article.

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  2. Magmag

    Tout à fait d’accord ! J’ai fait toutes mes études dans le public, aujourd’hui je travaille en éducation prioritaire et quoi qu’en disent les familles qui font des pieds et des mains pour contourner la carte scolaire, aucun parent, aucune famille ne s’en fiche mais beaucoup font ce qu’ils peuvent. À nous de le faire aussi, dans le respect des uns et des autres. Sur ce, je vais essayer de lire ce texte dont tu parles, mais généralement, ils me mettent très en colère.

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  3. Panayota Ypodimatopoulou

    Tout à fait d’accord.
    Bonjour de Grèce!

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  4. Delphine

    Et tu as aussi des profs dans le privé qui disent à leurs élèves « vous me cassez les c… »  » arrêtez de me faire ch… » mon fils le subit cette année en 1ère et je n’en peux plus!!

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  5. SylvieLB

    Dsl de ne pas être, totalement, d’accord, oui au rôle de co-éducateur des enseignants, mais seulement co….. Moi j’ai lu cet appel comme un rappel à certains parents qui pensent que c’est à nous de TOUT faire. Dans mon école aussi on demande Bonjour, Merci et tout ce qui va avec, mais je n’oublie pas que c’est AUSSI le 1er rôle des parents.
    Vous n’avez aucune famille de ce type dans vos écoles, super. Ici, c’est loin, d’être la majorité, n’empêche que cela ne me choque pas que cela soit rappelé.
    Bonne journée à tous.

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  6. Fischer

    C’est très bien dit … ce postulat est la base d’une relation de partenariat avec les parents.
    Les parents d’aujourd’hui comme nous enseignants vivent finalement le même préjudice : il faut y penser !

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  7. Louvenya

    Je suis d’accord aussi. Nous sommes là aussi pour montrer à nos élèves qu’on a les mêmes règles d’éducation que leur parents tentent de leur inculquer.
    Cela dit, là où je ne me retrouve pas dans vos propos, et où donc je m’interroge beaucoup, c’est que dans mon école, nous avons beaucoup de parents qui s’en moquent, ou qui n’ont pas les mêmes valeurs éducatives ou bien juste qui en ont marre et qui ont laissé tomber. Comment faire avec les élèves dont les parents disent devant l’enseignant et l’enfant présent qu’il ne réparera pas les toilettes qu’il a cassé parce qu’il a eu raison et que c’est normal et surtout la faute de l’enseignant, Comment on fait quand lors d’un entretien parent prof, les parents ne font rien pour reprendre leur enfant qui envoie quelque chose sur la maîtresse et ce à plusieurs reprises et qui ne semblent pas gênés que ce soit la maîtresse qui prennent les choses en mains. Comment on fait pour éduquer l’enfant à la non violence si les parents en viendraient presque aux mains pour régler des problèmes avec le directeur. Comment on fait pour apprendre aux enfants à être polis quand les parents traitent les enseignants comme des moins que rien (insultes et j’en passe) enfants présents à ce moment là évidemment. Comment on fait pour apprendre la tolérance quand des parents interdisent à l’enseignant de faire participer leur enfant à l’écriture d’une lettre en collectif pour un élève qui a déménagé parce qu’ils ont des différends avec les parents.
    J’ai bien d’autres exemples encore. Et je ne suis pas en REP.
    Je crois toujours qu’on a un travail d’éducateur. Et j’ai toujours autant d’énergie à le faire. Mais je m’interroge simplement pour trouver des solutions plus efficaces quand on en devient à se sentir un peu seul dans ce travail d’éducation. Auriez-vous des pistes ?

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  8. alain l.

    Salut Charivari … Pas courant pas les temps actuels de voir une Prof prendre la défense des Parents … Pour ma part , je crois depuis longtemps à la Co-Éducation … Ce sera la seule voie , à mon avis , pour que l’École sorte de sa crise actuelle …

    @t
    alain

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  9. Isa17

    Bonjour,
    Je vous annonce tout de suite la couleur : C’est mon second coup de gueu … de la matinée !
    En dehors du simple fait que nous travaillons, en tant qu’enseignant(e) du public, au sein de ce que l’on nomme encore L’EDUCATION NATIONALE ; ce qui confirme les dires de Charivari sur notre rôle d’éduquer les élèves en partenariat avec les parents. Je suis vraiment de plus en plus scandalisée par ses donneurs de leçons … Nous sommes très souvent parents avant d’être enseignants (en terme de priorité) et nous savons à quel point il est parfois difficile d’être de bons parents ! Ce concept de « bons parents » n’existe peut-être même pas ! Alors, cessons de penser que nous ne pouvons pas travailler main dans la main : enseignants et parents pour le bien être de ses petits citoyens en devenir … Non seulement, nous le pouvons ; mais nous le DEVONS ! Et si cela semble trop difficile … Il faudrait peut-être penser à une réorientation professionnelle pour certains ! Il n’est pas possible d’être doué en tout …

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    1. Charivari (Auteur de l'article)

      @Isa17 : Je crois que c’est aussi le côté donneur de leçons du tract qui m’a fait réagir, comme si les profs avaient des leçons à donner aux parents. Je suis prof, et je ne crois pas que cela me confère un statut de super-maman qui m’autoriserait à rabrouer ou rabaisser les autres parents non-profs.

  10. Véronique D.

    C’est vrai. Merci de le rappeler. un prof se doit de montrer l’exemple.

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  11. Hélène

    Je suis d’accord et je continue à jouer mon rôle de co-éducateur auprès de mes élèves, et de toute façon, je n’aime pas qu’on me fasse la morale, je ne la fais pas aux autres, sauf un peu à mes élèves 😉

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  12. zazou80

    Bien dit … Tout à fait d’accord !

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  13. Isa17

    Bonjour Charivari,
    C’est tout à fait cela … Etre enseignant(e) ne signifie absolument pas que nous soyons de meilleurs parents ! Notre métier n’a rien avoir avec ce rôle et il ne nous confère aucune légitimité pour « prêcher » la bonne parole. Nous rencontrons tous des moments de doutes ou de remises en question comme n’importe quel autre parent …
    Je tiens à te remercier pour tes petits billets d’humeur qui permettent de se sentir bien souvent moins seul(e) face à certains préjugés et / ou idées préconçues ! Et je te félicite pour ton courage, car certains de tes propos ne sont toujours « à la mode ». Mais, tu les assumes parfaitement et cela fait le plus grand bien ! Alors, ne change rien … Tu es formidable !

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    1. Charivari (Auteur de l'article)

      Merci, c’est gentil ! C’est vrai qu’après avoir publié, j’ai rentré la tête dans les épaules et me suis attendue à un déferlement négatif. Mais non.
      Et tu traduis bien ce que je ressens : être instit ne me confère pas un statut de super-maman qui justifierait que je donne des leçons aux autres parents…

  14. Isa17

    Mon commentaire est, on ne peut plus sincère ! J’adore venir lire tes publications car elles font toujours beaucoup de bien ! Je pense à plusieurs billets que tu as publiés récemment, notamment sur les nouveaux programmes … ou encore sur le livret LSUN … 😉
    Je tombe toujours d’accord avec ton analyse ! Et je suis très admirative de ces argumentaires très détaillés et très illustrés que tu nous proposes sur ton blog ! Un IMMENSE MERCI à toi ! Si on ne t’avait pas, eh bien… , il faudrait t’inventer ! ;-D

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  15. coqilico

    Depuis quelques années une boulangerie a ouvert à coté de l’ESPE St Jean d’Orléans, combien de fois mon enfant à dit bonjour à des personnes qu’ille croisait devant la grille ? Au un nombre incalculable… Combien de réponse : 1 seule en plus de 18 mois. A qui s’adressait ses bonjours ? Aux futurs enseignants, j’étais dépitée. Moi en temps que parent, j’apprenais la politesse à mon enfant, mais aucun adulte, même pas les futurs profs n’ont daigné lui répondre.

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  16. esqui31

    Bonjour,
    Très intéressant !
    Je suis enseignante et favorable à la co-éducation entre parents et professeurs, les parents devant être les premiers éducateurs et les enseignants relayer à l’école.
    En dehors du débat public/privé (sous-jacent dans certains commentaires), j’aimerais pouvoir me faire ma propre opinion sur ce tract en le lisant. J’ai fait des recherches sur internet, mais je ne le trouve pas. Qui pourrait m’indiquer où le trouver ?

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  17. Céline

    Il me semble que ce collectif (SOS Education) est une assoc d’extrême droite qui essaie de « récupérer » des enseignants… Votre ressenti est donc justifié…

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  18. Catherine

    Bonjour,
    Je pense qu’il s’agit plus largement d’une question de société. Quand on entend par exemple dans les médias les politiques s’invectiver et remettre en cause les institutions, quand on entend les gens s’insulter dans les transports en commun, quand les enseignants sont constamment dénigrés, quand parfois les parents se permettent de remettre en cause votre pédagogie et de vous donner des leçons sur votre façon de travailler, quand votre administration joue forcément le jeu des parents « consommateurs » du service public, etc.
    J’ai toujours pratiqué la bienveillance avec mes élèves sans attendre que cela devienne une quasi injonction de la part de notre institution, de même que j’ai toujours attendu d’eux en retour le respect qui est dû à chacun.
    Mais oui, je constate que de plus en plus de familles sont démissionnaires, même si je ne leur jette pas la pierre, débordés qu’ils sont déjà dans leurs difficultés quotidiennes pour certains, mais aussi parce qu’assumer le rôle de parents d’adolescents rebelles par définition est un rôle ingrat et qu’il est dur d’être toujours celui qui punit, d’autant qu’il y a de plus en plus de familles monoparentales.
    Alors COéducation bien sûr, mais nous ne sommes pas au pays des bisounours et même si je ne connais pas ce collectif SOS Éducation, je partage l’idée qu’à une époque où on exige toujours plus des enseignants dans tous les domaines, il serait agréable tout de même de ne pas avoir en plus à se battre pour des valeurs qui concernent l’ensemble de notre société. Il s’agit de civisme tout simplement et nous sommes tous responsables.
    Catherine, prof et maman de grands enfants.

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  19. Snoopy2081

    Bonjour,
    Je n’ai pas lu ce tract mais je suis pour la coéducation. Je n’ai pas attendu que mon fils entre à l’école pour lui apprendre à dire « bonjour, merci, au revoir » et je suis fière de l’entendre dire bonjour aux passants lorsque nous nous promenons. Mais que penser lorsque les élèves entrent dans l’école avec leurs parents, que nous leur disons « bonjour », que les élèves ne répondent pas et que les parents nous disent « c’est pas grave »… Mon ATSEM, qui fait la cantine, me raconte comment les enfants se tiennent à table, comment ils mangent… C’est effarant !
    Il est important pour nous, en tant qu’enseignant, de poursuivre le travail d’éducation des parents et non pas tout apprendre aux enfants. Il faut surtout rappeler aux parents que nous travaillons avec eux pour leur enfant et non pas contre eux. Et je suis entièrement d’accord avec la dernière phrase du commentaire précédent.

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  20. Arrighi

    Je trouve atterrant de mettre sur un pied d’égalité quelque profs un peu … light sur la bienséance …. et le comportement de certains parents et de certains élèves qui est parfois plus qu’inadmissible.

    C’est juste incomparable.

    Et pour te parler des parents d’élèves.. Je travaille à Madagascar dans une école privée AEFE. J’ai aussi donné des cours dans une école privée mais très très modeste ici (des parents avec des salaires de 150 euros par mois).

    JAMAIS je n’ai vu le quart de ce que j’ai vu en France.

    Pas de fatalité donc mais un réel problème de laxisme et de perte de valeurs dans l’éducation des enfants en France. Et beaucoup d’enseignants dépassés qui essayent tant bien que mal de faire leur boulot.

    Je pense que tu n’enseignes pas en banlieue…. J’ai vu des collègues laisser des enfants avoir des propos boff bofff…. Non pas par manque de professionnalisme mais car vidés par 2h de séance très difficile à vivre, avec des gamins ingérables.

    C’est plus facile de reprendre des élèves quand un incident se produit une fois par jour que quand ca arrive 30 fois….

    Perso je pense que les enseignants en France sont souvent plus que méritants, et un bon nombre de ceux qui ne le sont plus sont tout simplement vidés par un métier très dur. Ils essayent simplement de se protéger.

    Bref…. Je n’aime pas DU TOUT ton billet moralisateur. Perso je préfère défendre mes collègues – dont 99% font bien leur boulot- que de leur tirer dans le dos comme tu le fais.

    100% d’accord avec SOS Eduaction

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